
A l'heure actuelle, Frank Henenlotter demeure le cinéaste de trois films cultes : Basket Case en 1981 ; Brain Damage en 1987 et Frankenhooker en 1989. Ce cinéaste new-yorkais a toujours aimé à se considérer comme le Jess Franco américain pour avoir commencé par la réalisation de courts métrages en super 8 dont le potentiellement passionnant La dernière fois que j'ai vu maman, elle brûlait dans le salon (son court métrage Slash of Knife ayant été jugé trop violent pour être programmé en première partie d'un film de John Waters). Tourné avec l'aide de Jim Muro, réalisateur de Street Trash, un budget dérisoire (33 000 dollars) et du grain sur la pelloche et dans la tête, son premier long-métrage traduit chez nous par Frères de Sang narrait l'itinéraire sanguinolent de deux frères siamois, séparés à la naissance, dont l'un a la tête et les bras de l'autre dans un panier en osier et part à la recherche des chirurgiens responsables de cette séparation douloureuse. On a souvent comparé ce film au Driller Killer, d'Abel Ferrara pour ses conditions dantesques de tournage (les techniciens devaient surveiller en permanence le matériel pour ne pas se le faire voler) mais également pour ce qu'il révèle sur le milieu underground new-yorkais au début des années 80 quelques années avant le "cinéma de la transgression" de Richard Kern et Nick Zedd.

Brain Damage, connu dans l'Hexagone sous le titre Elmer, le remue-méninges, métaphore sur l'addiction, qu'il a sensiblement écrit sous deux influences paradoxales : The Tingler de William Castle et The Trip de Roger Corman. Le Elmer du film est un vers mutant parasite et dégueulasse, loquace et terrifiant, qui représente la tentation des paradis artificiels. Tout n'est qu'un prétexte pour s'amuser et admirer les effets spéciaux impressionnants pour l'époque (Gabe Bartalos, spécialiste des créatures en latex et du maquillage, s'est occupé de donner forme au parasite phallique). Avant d'être le réalisateur de Street Trash un an plus tard et repéré par James Cameron, Jim Muro rempile avec Henenlotter et assure les fonctions de steadycamer. Fort de la réussite formelle de Brain Damage, Frank Henenlotter récidive dans le même registre avec Frankenhooker (littéralement "Frankenpute") où il revisite de manière habile le mythe de Frankenstein (un scientifique fou qui a perdu sa fiancée dans des conditions tragiques - elle a été déchiquetée par une tondeuse a gazon - veut la reconstituer grâce a une drogue de son invention, une perceuse et des morceaux des prostituées de la quarante-deuxième rue) et dépeint les ravages du crack au début des années 90. Ces trois éclats sonnent le glas de son cinéma ancré dans les années 80: il donne deux suites ineptes à Basket Case qui incidemment tuent le culte du premier (Basket Case 2 réalisé en 1990, et Basket Case 3, The Progeny réalisé en 1992).
Depuis près de 15 ans, il semblait s'être définitivement absenté du milieu et passait en réalité son temps à dénicher des vieux films pour des éditeurs DVD. En 2008, Frank Henenlotter est de retour avec Bad Biology qui à l'origine devait s'intituler Sick, in the Head. En substance, le récit raconte l'histoire de deux enfants génétiquement modifiés à leur insu qui cherchent le grand amour. Jusqu'à leur première rencontre qui déchaîne un coup de foudre immédiat. S'ensuivra une folle et longue nuit des plus torrides aux répercutions catastrophiques, voire monstrueuses. Le résultat devrait ressembler à un assemblement des obsessions du cinéaste (la génétique de Basket Case, le démon sexuel de Brain Damage) remises au goût du jour (bande-son rap/hip-hop) et par extension à un vrai plaisir coupable pour ses fans qui désespéraient. Si ce trailer explicite ne vous donne pas envie, on ne peut plus rien pour vous.
Romain Le Vern
![]() | ||
GORE TRASH & FANTASTIK : ETAT DES LIEUX 2008Actuellement, les productions et projets gores, horrifiques ou simplement "autre... | ||







GORE TRASH & FANTASTIK : ETAT DES LIEUX 2008


























