
LE PREMIER VENU
Un film de Jacques Doillon
Avec Clémentine Beaugrand, Gérald Thomassin et Guilaume Saurrel
Durée : 2h03
Date de sortie : 02 avril 2008

Sur le fond d'une histoire d'une jeune fille blessée et d'un jeune homme paumé, Jacques Doillon cherche ses personnages tout comme ceux-ci se cherchent eux-mêmes. Déjà acteur dans le film Le petit criminel du réalisateur en 1990, Gérald Thomassin incarne Costa, un ancien drogué, un sans-emploi fainéant et perdu, un être qui n'arrive pas à communiquer ni avec les autres ni avec lui-même. D'ailleurs, il n'a pas une haute estime de lui et justifie en partie ses actes parce qu'il sait qu'il ne veut rien. Pourtant Camille, interprétée par Clémentine Beaugrand dont c'est le premier rôle, va voir en lui un autre homme, plus sensible et plus touchant. Ce côté de lui-même, Costa aura du mal à l'accepter, n'y voyant que faiblesse de sa part. Sans véritable raison valable, Camille collera aux basques de Costa, essuyant ses colères et ses changements d'humeurs, encaissant les injures et les mots blessants. Un lien inexplicable se noue entre ces deux-là. Quelques caresses, des baisers et la complicité semble totale jusqu'à la prochaine bêtise de Costa. Cyril, tout d'abord spectateur de cette relation de haine et d'amour, va tomber sous le charme de la jeune fille. Mais Costa et lui sont de vieux amis, l'un ayant choisi la voie droite, l'autre le chemin sinueux de la drogue, du chômage et de l'abandon.
Mise à part l'artificialité de certains dialogues, de quelques mots et du ton employé, le film de Jacques Doillon trouve sa raison d'être dans la confrontation et l'évitement des trois personnages. Le réalisateur, on le sait, construit et fabrique ses films au tournage sur la base d'un scénario lâche et volontairement incomplet pour permettre aux acteurs de trouver « leur vérité ». Si le scénario esquisse l'intrigue et les personnages, le tournage peaufine et concrétise les idées. D'une matière malléable, le scénario, le metteur en scène tire peu à peu les détails et parachève par touches successives le portrait final de chacun des protagonistes. Costa est le personnage le plus fragile, le plus instable et le moins aimé. Il arbore des vêtements qui ne s'accordent pas entre eux, notamment une banane autour de la taille qui achève de le ringardiser. Camille, elle, est plus androgyne, des vêtements flottants, asexués, qui cachent sa partie féminine. Cyril, le policier en civil, est proche d'un monsieur tout-le-monde sans grande originalité. La simplicité de la mise en scène, les plans longs, les cadrages caméra à l'épaule, etc., laissent le temps et l'espace aux protagonistes pour se développer, pour mûrir, pour exister.

Se méfier, aimer et être aimé, sont en effet les seuls verbes dont ces personnages ont besoin, Camille remarquant à raison que « se méfier » s'interpose entre « aimer » et « être aimé » dans le bescherelle. Costa se méfie, Camille aime et Cyril désire être aimé. Ce triangle rapproche et éloigne les uns et les autres, chacun se cherche, s'observe, s'épie mais la rencontre n'a jamais lieu car une autre femme, Gwen, et sa fille Kim, entrent dans l'équation. Gwen est l'ex-petite amie de Costa et Kim est sa fille. Il a une dette envers elles, une dette financière, il doit payer une pension alimentaire, mais pas seulement. Il doit surtout des explications à son départ, à sa fuite. Camille, l'étrangère du coin, la parisienne, comprendra le rôle à assumer pour rapprocher Costa de ce noyau familial brisé.
David A.
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