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FUNNY GAMES / SALO / ORANGE MECANIQUE : LE TRIPTYQUE DE LA VIOLENCE AU CINEMA

FUNNY GAMES / SALO / ORANGE MECANIQUE : LE TRIPTYQUE DE LA VIOLENCE AU CINEMA

Tout sur FUNNY GAMES (US) - galerie de photos - Le 2008-03-28 17:24:10


    Michael Haneke n'a jamais caché qu'il avait réalisé la première version de Funny Games pour rendre compte des dangers d'une violence consommable dans un cinéma américain inconscient du pouvoir de ses images. Le réalisateur philosophe a toujours voué une détestation cordiale envers des cinéastes comme Quentin Tarantino et Oliver Stone qui ont contribué consciemment ou non dans les années 90 à rendre la violence, la souffrance humaine et la vision du sang "supportables" sur grand écran. Le remake de Funny Games chez l'Oncle Sam avec l'actrice Naomi Watts dans le rôle de la mère de famille qui fait tomber le téléphone dans l'eau de la vaisselle et Tim Roth dans celui du mari qui se prend des coups de club de golf dans les jambes fait figure d'aboutissement dans la filmographie de Michael Haneke basée sur la réflexion de la violence au cinéma. Ceux qui ont porté au pinacle la version originale autrichienne réalisée en 1998 ne voient en Funny Games qu'un grand film d'horreur poisseux. Alors que le but était de dénoncer cette violence. Ce n'est pas un cas isolé de malentendu où une oeuvre extrême utilise non sans complaisance ce qu'elle cherche à stigmatiser. Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini ; Orange Mécanique, de Stanley Kubrick et Funny Games, de Michael Haneke partagent comme premiers points communs de ne pas avoir été compris à leur sortie et de donner à réfléchir sur la dégradation de l'homme par l'homme en mettant les nerfs du spectateur à rude épreuve.


FUNNY GAMES : SPECTATEURS DE L'HORREUR

Ne cherchez pas la différence entre les deux versions de Funny Games : l'original et le remake se ressemblent à 100%. Tout commence de manière placide : une autoroute, une voiture, un couple avec son enfant, concours de musique classique... Puis d'un coup, la musique classique laisse place au grunge de John Zorn et un générique rouge comme le sang qui recouvre l'écran. Partie de plaisir ? Tout faux : ça va être sanglant, méchant, cruel et glacial. Dans l'original, les deux menaces sont deux adolescents qui pour tromper leur désoeuvrement trucident tous les riches dans leurs baraques luxueuses et isolées. Et pas n'importe quels ados: ils sont complètement déshumanisés (aucune compassion), pourvus de gants blancs (on ne laisse pas d'empreintes) et de pseudos évocateurs (Beavis et Butthead) et éprouvent une passion pour tout ce qui tourne autour du sadisme. Du coup, quand on tue quelqu'un, on n'abrège pas ses souffrances, on veut qu'il les endure. Funny Games joue dans le registre de la déréalisation de la violence, et souligne (deux fois plutôt qu'une) comment la violence peut être véhiculée par les images. Nous avions les prémisses de cette réflexion dans Benny's Video où la perte de repères est due aux rapports troubles que le jeune Benny entretient avec le tube cathodique. Funny Games est également une analyse de l'inconscience et de la monstruosité. En montrant tout cet étalage de violence, Haneke dénonce le voyeurisme du spectateur.


MICHAEL HANEKE SUR FUNNY GAMES
« Où est l'alternative si vous voulez faire un film sur ce thème ? Vous n'avez pas beaucoup le choix. Il y a toujours des possibilités pour que chacun d'entre nous comprenne le film à sa manière. Tout le monde sait que la violence n'a rien d'agréable, mais c'est différent de le savoir et de le sentir. Quand on se décide à le faire sentir, ça change la situation. Malgré le fait que ce soit sanglant et brutal, certains films très violents peuvent être consommables. En revanche, ce n'est pas si facile d'arriver à ne plus la rendre consommable. Consommable dans le sens "avoir du plaisir à voir ça". Avec Funny Games, je voulais parler de la violence sérieusement. C'est inévitable qu'il y ait des malentendus. C'est comme à l'époque quand j'étais enfant, on allait dans le train fantôme même si on savait pertinemment qu'on avait peur. C'était pour montrer qu'on était courageux. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes de 15-16 ans disent "tu as vu Funny Games ?" pour impressionner. Mais je ne sais pas si Funny Games est un film culte dans le sens d'un «film d'horreur culte». Il est essentiellement connu dans un certain milieu par des gens intéressés par le cinéma art et essai. Aux Etats-Unis, le public qui connaît Funny Games n'est pas « mainstream » mais spécialisé dans le cinéma indépendant. Je ne pense que ces spectateurs-là considèrent Funny Games comme une expérience horrifique. C'est un film extrêmement violent sur la violence, c'est un anti-thriller. J'utilise l'intention du thriller pour maintenir l'attention du spectateur. »

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