

Ce sentiment paradoxal est véritablement présent dans Class 1984 comme peut le témoigner l'incroyable affiche qui s'exposait à l'époque et qui reste un excellent souvenir pour beaucoup, provocateurs dans l‘âme, fiers d'avoir pu la contempler en géant dans les tunnels du métro parisien : une bande de quatre punks (entre la démarche à la Sex Pistols et Malcom McLaren et une tendance gentiment new-wave) semble provoquer le spectateur en se présentant tous atouts vestimentaires exposés et en scandant une phrase d'accroche qui exprime à merveille ce revirement et surtout cette schizophrénie chez Lester: « Nous sommes le Futur... ». Et finalement, même après avoir vu le film, on ne sait pas trop s'il fallait voir dans cette phrase un avertissement, une mise en garde, une annonciation ou simplement une provocation tant le réalisateur arrive à brouiller les pistes et à perdre le spectateur dans ses propres jugements moraux... Toujours est-il que ce « Nous sommes le Futur » est la suite logique du « No Future » tant célébré à une certaine époque et autant le vrai slogan punk faisait doucement rire le reste de la société, plus enclin à développer sa vision capitaliste du monde, autant le slogan des loubards de cette promo 84 commença à faire grincer des dents les critiques et une bonne partie du public, choqués en découvrant que l'avenir puisse être entre les mains de racailles ou de psychopathes en puissance, ces mêmes personnes bien-pensantes apparemment peu favorables à réfléchir sur le vrai sens du film de Lester et sur les réelles responsabilités de chacun...

Ceux qui se sont procurés la galette de Class 1984 auront sans doute pu lire le meilleur des pires critiques qui avaient été faites à l'époque en France, lors de sa sortie en septembre 1982. Pour les quelques uns qui n'auraient pu se la procurer, et pour la raison que ces avis assez réactionnaires servent notre propos, voici donc quelques extraits d'écrits de confrères de l'époque qui avaient au moins eu le mérite d'écrire avec leurs coeurs à défaut d'avoir réellement réfléchi à la teneur du film. Aussi, pouvions-nous lire de grands passages, ultra objectifs vous vous en doutez, qui insinuaient que « Class était un condensé de violence et de sottise... pour un public qui par ailleurs rit et applaudit aux scènes les plus atroces », que par « ...son ambiguïté le film laissera un goût amer... » ou que ce film « ...donnait envie de descendre dans la rue pour tuer toute personne âgée de moins de 18 ans... ». Mauvaise nouvelle donc pour vous qui adorez toujours autant ce film, près de trois décennies après sa sortie, puisque j'ai le malheur de vous annoncer que vous vous complaisez dans la violence, que vous n'avez pas de sens moral et que c'est pas joli joli ! A moins que ce soit le fait de s'enflammer sans avoir réellement plongé un peu son nez dans le sujet et de se permettre de faire de grands discours bien réacs qui ne soit pas très sain finalement... Je vous laisse le soin de choisir votre camp quelques années après les remous qu'a fait le film de Lester entre les détracteurs, lui trouvant un message fascisant, ou les amateurs de bonnes séries B, parfaitement aptes à comprendre que l'ambiguïté est souvent la meilleure manière pour interroger le spectateur...
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