

Le réalisateur vint au cinéma assez tard, à 32 ans grâce au soutien de ses scénaristes Aurenche et Bost, ainsi que celui de Noiret. En 1973, cela donna l'Horloger de Saint-Paul, adaptation brillante de Simenon, à l'action transposée à Lyon (à l'origine, elle se déroulait -déjà- en Amérique) et en plein jour, évitant tous les poncifs formels associés à l'écrivain. Noiret est un paisible citoyen dont le fils est impliqué dans un meurtre. Il fera tout pour le soutenir, mais se pliera pourtant à la volonté de celui-ci. Il ne veut pas que son père qu'il aime s'implique et le défende. Ce film est absolument bouleversant et l'un des plus justes sur les rapports père-fils. Il y a là un respect profond et mutuel, et surtout, malgré la disgrâce aucun reproche et aucune condamnation. Noiret encaisse et prend les coups, se conduit comme son fils le souhaite, sans porter de jugement sur lui, uniquement motivé par l'amour qu'il lui porte. Le film est avant tout plein de cette humanité digne, une constante chez Tavernier, jusque dans le rôle du flic. Rochefort y apparaît compatissant, nouant une complicité avec l'horloger qui fait face à la tempête. C'est sans doute l'un des plus beaux rôles de Noiret et le début d'une collaboration majeure avec le metteur en scène.
Cette relation se poursuit avec Que la Fête commence en 1975. C'est un film qui rappelle la veine libertaire et irrévérencieuse qui régnait dans la production hexagonale d'alors, avec Mon oncle Benjamin ou la Grande bouffe. Le viveur Philippe d'Orléans est décadent. Le réalisateur livre un tableau désabusé de la cour de Versailles qui semblait pressentir la colère qui grondait déjà dans le peuple et choisissait de vivre au jour le jour, dans la débauche pour semer un moment le désespoir. Noiret incarne un personnage conscient de la fin de son monde, à la trompeuse nonchalance, avec une vraie dimension suicidaire. C'est un film sur le malaise d'un univers déconnecté, sans raison d'être, qui ne subsiste plus que par son cynisme et son inconséquence forcée. A la fois extrêmement provocateur et profondément mélancolique, allègre et triste, le film souligne surtout l'incertitude d'une époque, le malaise qui s'installe et conditionne subtilement l'allégresse et la légèreté.

Le juge et l'assassin offrait l'un de ses rares beaux rôles à Michel Galabru. Noiret, dans le rôle du juge, est froid, méthodique et éduqué, confiné dans le confort d'intérieurs cossus. L'assassin est son contraire, un homme qui parcoure les chemins, totalement fou, qui massacre et viole des jeunes filles. L'habileté de Tavernier est d'opposer ces deux névroses. Le juge va fatalement prendre au piège sa proie. On retrouve l'esprit d'une époque, comme Tavernier l'avait déjà réussi dans que la fête commence et plus tard, assez régulièrement, dans La vie et rien d'autre et le Capitaine Conan. Le contraste est saisissant entre les deux acteurs. Noiret calcule en permanence, comme un joueur d'échecs. Galabru est exalté, incohérent, dément, expansif. Comme à chaque fois, Tavernier se concentre sur les personnages et suggère leur univers avec force. Ce qui fait de ces films historiques, des moments souvent exceptionnels.
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CARTE BLANCHE : BERTRAND TAVERNIERD’abord attaché de presse, puis journaliste, ancien assistant de Jean-Pierre Mel... | ||







CARTE BLANCHE : BERTRAND TAVERNIER

























