
UN ROMAN POLICIER
Un film de Stéphanie Duvivier
Avec Marie-Laure Descoureaux, Abdelhafid Metalsi, Olivier Marchal et Hiam Abbas
Durée : 1h37
Date de sortie : 16 avril 2008

Dans la veine réaliste des films tels que L.627 de Bertrand Tavernier, ou encore Le petit lieutenant de Xavier Beauvois, ce n'est pas le milieu des gangsters mais bel et bien le contexte et le milieu de la police elle-même qui occupe le sujet du film. Le quotidien des couloirs et des cages d'escaliers, celui des tâches administratives et de l'attente aux côtés d'une machine à café. Loin des fusillades grandiloquentes de 36, quai des orfèvres ou de la vulgarité de Truands, Stéphanie Duvivier s'attarde sur les problèmes des commissariats de quartier, de leur manque de fournitures, de leur manque d'effectifs, de leur manque de soutien de la part des ministères. Ces manques imprègnent peu à peu le moral des gardiens de la paix et des brigadiers. Sans moyens ni structure pour faire face à la violence galopante, au mépris qui s'installe, aux bavures et à la corruption qui entachent leurs fonctions, le métier de policier apparaît peu reluisant, dangereux et inadéquat à celui qui désire la stabilité de la vie familiale et sociale.
Ici les policiers portent leurs uniformes bleus réglementaires avec l'étiquette POLICE collée au torse. Le pistolet sur le côté, dont certains ne se sont jamais servis, les heures de ronde sont programmées chaque nuit. Les dossiers à classer attendent les réfractaires, les indisciplinés ou les peureux qui n'arrivent pas à gérer les moments de crise, moments que peu d'entre eux sont prêts à surmonter. Pourtant l'affaire du trafic de drogue va vite briser la monotonie du commissariat. Un roman policier ne conte qu'une histoire parmi d'autres, tel un documentaire de la série « Grand reportage ». Ce réalisme est patent dans le choix des comédiens. Ni beaux, ni parfaits, les acteurs représentent des physiques de monsieur et madame tout-le-monde. Emilie Carange manque de féminité, elle a quelques rondeurs, elle ne se maquille pas et ne présente pas de meilleur profil à la caméra. Jamil, le stagiaire, est sec comme un coup de trique, le visage anguleux et sévère, le regard perçant et distant. La lumière du film adopte les tons bleus-gris qui achèvent de plomber l'ambiance. La réalité est concrète et les coups de feu aussi.

Seul petit bémol dans la construction du récit, le personnage de Viard, campé par Olivier Marchal, est quelque peu caricatural. Si le comédien en impose par sa présence et le ton de sa voix, véritables qualités dont il use avec facilité, il reprend ici son rôle habituel de flic déglingué, usé, « décavé » comme il le dit lui-même. A trop jouer le même personnage, l'acteur risque de manquer ce qui importe dans le jeu, celui de varier les plaisirs, quitte parfois à tâter les contre-emplois. On connaît son passé de policier, un passif lourd à porter dans les conditions de travail qui étaient les siennes, mais les personnages au bout du rouleau gagneraient à ne plus être seulement des alcooliques à la descente facile. Face à ce petit défaut de personnification, Il faut remarquer l'audace de la mixité et du contexte social de la cité phocéenne. La culture arabe est ici montrée dans les relations familiales, dans les foyers qui logent aux alentours du quartier, au travers des différentes générations, depuis la grand-mère qui scrute à la fenêtre jusqu'aux jeunes qui traînent tard le soir. En définitive le film nous montre une France que certains ne veulent pas voir. Et ce n'est pas là le moindre de ses mérites.
David A.
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