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CINE : LA NUIT DES HORLOGES

CINE : LA NUIT DES HORLOGES

Tout sur LA NUIT DES HORLOGES - galerie de photos - Le 2008-03-31 10:08:18


    Souvent qualifié de "Ed Wood français", Jean Rollin a passé toute sa vie d'artiste (plus de quarante ans) à créer des oeuvres improbables où une écriture somnambulique génère, dans le meilleur des cas, une poésie insolite ; dans le pire, une torpeur monstrueuse. Il était présent à la première édition de l'Etrange Festival de Lyon pour son dernier long métrage, La nuit des horloges, dans lequel joue l'ex-actrice X Ovidie. Avant de raconter une histoire, ce film viscéralement surréaliste jusque dans ses conditions de tournage rend hommage aux images que Rollin n'a eu de cesse de réinventer à l'infini, au gré de ses films (réussis ou pas, peu importe). Mieux vaut être prévenus.

la nuit des horloges

Dans chaque film de Jean Rollin, le synopsis ressemble à une mise en garde destinée à faire le tri entre les réceptifs et les réfractaires. Prenez celui des Raisins de la mort (1976) où un personnage découvre la présence d'un pesticide toxique sur les vignes des propriétés environnantes qui transforme les humains en mutants. Celui de La nuit des horloges n'échappe pas à la règle. Il est question d'une jeune femme (Ovidie) qui hérite de la maison de campagne de son cousin, le réalisateur et écrivain Michel Jean. Pendant près d'une heure trente, elle visite sa tombe au cimetière du Père-Lachaise avant de se perdre dans sa maison. Très vite, l'ingénue se rend compte que ces lieux sont hantés par des personnages et des fantasmes ayant parcouru toute une vie. Impossible de ne pas faire le lien entre la réalité et la fiction : Michel Jean n'est autre que Jean Rollin. Du coup, il importe de regarder ce film "testamentaire" d'un autre oeil, comme on feuillette un journal intime plein de secrets et de souvenirs. Et si ça vous ennuie, c'est que vous n'avez rien à faire dans les parages. Avec autant de courage que de narcissisme, Rollin livre ce que l'on appelle communément un film-somme où il peut se confesser sans retenue à travers une mise en abyme post-mortem, proposer une réflexion sur ce qu'il restera de son cinéma et illustrer l'ensemble avec des inserts de ses précédents films pour créer des liens très cohérents pour les fans, moins pour les autres. Son grand mérite, c'est finalement de ne ressembler qu'à du Jean Rollin. Depuis ses débuts, à la fin des années 60 (Le viol du vampire), cet artisan du cinéma bis français s'est revendiqué de Georges Franju (Les yeux sans visage) et de Luis Buñuel, deux cinéastes avec lesquels il a failli travailler comme assistant sur des projets avortés. En réalité, Jean Rollin ressemble à Alain Robbe-Grillet, dont les personnages spectraux se perdaient eux aussi à Marienbad entre rêve et réalité. Non seulement pour sa double carrière (Rollin a réalisé des films et écrit des romans) mais aussi parce qu'il s'est obstiné à déployer un style onirique, plus proche du "Nouveau Roman" que du fantastique traditionnel. Même s'il a utilisé dès le départ un style gothique pourvu d'une féerie macabre typique de l'épouvante des années 60, Rollin a toujours cherché à alterner des séquences très dialoguées - comme si tout était déjà écrit d'avance - et des plans hallucinés - comme s'il fallait se méfier de notre imagination - pour que le spectateur soit incapable de déterminer ce qu'il a réellement vu.

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