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CINE : PETITES REVELATIONS

CINE : PETITES REVELATIONS

Tout sur PETITES REVELATIONS - La Critique - Photos - Le 2008-04-01 06:25:48


Elles sont rares les oeuvres qui s'attardent sur la communauté des sensations, sur des petites tranches de vie apparemment sans liens entre elles, d'une jeune fille qui se met trop à la place des autres, d'une femme qui observe une fillette à sa fenêtre, d'une autre qui croise un ancien amoureux, d'un homme qui surprend sa femme se masturbant en son absence, d'un gamin persécuté qui fait tomber une bouteille de lait, une crise cardiaque au milieu d'un bistrot, un chien qui se fait piquer...

PETITES REVELATIONS
Un film de Marie Vermillard
Avec Maryline Canto, Simon Abkarian, Antoine Chappey, Hiam Abbas
Durée : 53 mn
Date de sortie : 09 Avril 2008

Marie Vermillard tente et accomplit une belle expérience avec ce film. Des bouts d'existence, de petits riens du tout du quotidien, des paroles échangées, des moments volés qui racontent une histoire, dessinent des personnages, fugitifs, certes, mais qui gagnent immédiatement une existence une épaisseur, un passé. Elle a choisi de raconter l'anodin, les rancoeurs quotidiennes, les instants de doutes. Derrière la banalité, il y a la profondeur, les intériorités complexes. Ainsi dans ces 19 moments d'existence, il y a le mal de vivre, les moments clés, d'apparence faussement futiles qui structurent nos vies.

petites révélations

Car c'est précisément ça que la réalisatrice parvient à accomplir : on s'identifie immédiatement à ces petites incursions dans l'intimité de personnages divers. De l'aveu assez bouleversant de cette femme qui avoue qu'elle a tout le temps peur, cette autre qui éclate en sanglots à l'écoute de son répondeur... Chaque scène est toute simple, filmée d'un point de vue presque neutre, comme à distance, avec la neutralité d'une belle photographie qui raconterait pourtant toute une histoire. La cinéaste attire notre regard sur ce que l'on ne sait plus voir ou apprécier, des éclats, des fragments, des instants qui disent autant ce que nous sommes que d'autres plus spectaculaires. Ici pas d'histoires d'amour échevelées, pas de baisers passionnés, juste des vies prises sur le vif, comme entrevues, suggérées, concrètes, un point de vue qui rappelle presque l'écriture de George Perec.

C'est étrange d'ailleurs comme l'absence revendiquée de continuité et de romanesque renvoie intensément à notre intériorité, à des moments que nous avons tous vécus. Jusqu'à cette complicité inattendue qui se crée lorsque des inconnus partagent un sourire devant une jeune femme qui a bien du mal à faire un créneau. Vermillard évoque aussi l'irruption de la mort, un homme fait une crise cardiaque dans le vacarme festif d'un bistrot. Un ex-taulard d'abord gouailleur se laisse peu à peu envahir par le souvenir de son passé à la grâce d'un coup de fil. C'est toujours juste, fugace raffiné, des destins qui s'installent en trois minutes et émeuvent. Bizarrement c'est cette humanité toute simple, presque banale qui fait l'unité du film, sa chaleur, lui évite l'irrégularité d'un film à sketches. La réalisatrice évoque les non-dits, les secrets par le quotidien, dans toute son apparente neutralité. Et ces petites révélations deviennent incroyablement attachantes. Parce qu'on s'y retrouve.

petites révélations

Le film mélange ainsi les émotions, de la gravité à l'absurde (un homme qui ne sait que faire pendant que sa femme de ménage est dans l'appartement, un autre qui insiste pour se faire renverser par une voiture). On sent dans ce patchwork de destins une certaine parenté avec Klapisch (en particulier avec Riens du tout et Chacun cherche son chat auxquels Vermillard a participé). On est dans Paris, sautant de quotidiens en quotidiens, passant sans transition de la légèreté à l'émotion, de la névrose au passé discrètement évoqué, tout en suggestion dans un vécu multiple et éclaté qui devient proche, parle à notre intimité. L'oeuvre échappe à l'étiquette, atteint presque une dimension chorale et tendre, bien que les personnages ne se croisent pas en son sein. Elle est construite comme un très bon recueil de nouvelles.

Marie Vermillard réussit donc là un bien beau patchwork, faire du gracieux avec du commun, de l'exceptionnel avec du banal, des petites parenthèses où le temps est suspendu. Son film émeut d'une manière inattendue, sur les choses que l'on ne sait plus voir, sur lesquelles on passe. Sobrement, à travers ces 19 épisodes et l'air de rien, elle met en scène ce qui est peut-être l'essentiel de nos existences. Une belle surprise et une petite révélation.

Nicolas Houguet

  

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