
CINE : DES INDES A LA PLANETE MARS
Tout sur DES INDES A LA PLANETE MARS - galerie de photos - Le 2008-04-01 06:26:00DES INDES A LA PLANETE MARS
Un film de Christian Merlhiot et Matthieu Orléan
Avec Mireille Perrier, Jacques Bonnaffé, Boris Alestchenkoff, Edith Scob, Jean Christophe Bouvet Durée : 1h20
Date de sortie : 02 avril 2008

Il s'agit d'un récit austère et précis de séances de spiritisme à la toute fin du XIXème siècle. Flournoy, un professeur de psychologie genevois s'intéresse à une medium à la réputation grandissante, Elisa Muller. Pendant des années il va organiser des séances régulières avec cette « mademoiselle » et découvrir peu à peu les trésors de son inconscient. Cela se transforme peu à peu en voyage au coeur de l'imagination puisque cette femme évoque sa vision en Inde (et livrant pour l'occasion un langage orientalisant) puis apprend le langage des martiens, qu'elle s'emploie à traduire.
L'anecdote est riche et évocatrice, on se prend à rêver d'un film qui, visuellement suive formellement la fantaisie qu'elle porte en elle. Or c'est tout le contraire qui advient. Les acteurs sont filmés dans un studio de radio, les micros devant eux, lisant les textes. La caméra tourne autour d'eux, s'attarde sur leur visage. On a l'impression d'assister à une séance de travail, une lecture filmée. C'est assez déconcertant. Les envies que le contexte avait fait naître s'estompent, les attentes sont déçues, on est obligé d'adopter ce cadre austère et sans chaleur. Est-ce encore du cinéma, un documentaire, une émission de France Culture ? Un peu agacé par ce parti pris déroutant, on peine d'abord à s'accrocher aux mots. Ce qui déroute c'est l'absence de mise en scène, de décor, on doit tout imaginer à partir de rien. Cela rappelle de loin les réserves soulevées par le Dogville de Lars Von Trier et son aspect de théâtre filmé. Mais il s'agissait là d'un choix de mise en scène évident. Filmer une lecture, même très bonne et très investie (comme c'est le cas ici), soulève une question fondamentale : « est-ce encore un film ? ». Ce doute ne s'envole jamais, malgré des intermèdes muets et en plan fixe qui mettent l'actrice principale (Mireille Perrier) en situation, en Inde.

La forme adoptée par le film est assez paradoxale puisqu'à première vue, il parie sur l'absence de forme, la lecture fidèle et absolument minimaliste de la transcription des séances de la médium. Autrement dit, pour paraphraser Dante à l'entrée de son enfer, vous qui entrez ici, accrochez-vous. Puis peu à peu, au bout d'une dizaine de minutes à se demander si on ne s'est pas trompé de salle ou s'il ne s'agit pas d'un bizutage en règle, lorsqu'on surmonte nos résistances et nos préjugés, nos automatismes, on finit par se laisser porter par la voix des acteurs, par les relations étranges et fantaisistes de ces séances très en vogue au XIXème. Cela devient un film porté par ses acteurs, par Mireille Perrier en particulier qui compose avec sobriété et conviction et juste par la voix un personnage assez fascinant (celui de « mademoiselle » ainsi qu'elle est qualifiée tout au long des séances). Ses partenaires autour d'elle la questionnent, mais elle est véritablement le centre d'intérêt du film. On ne comprend pas tout de ses visions étranges et énigmatiques, mais elle nous attache à elle par sa voix, son visage, ses regards. Les intermèdes plus « fictionnels », ces tableaux indiens et oniriques dont elle est le centre, même s'ils s'éternisent un peu trop, rendent sa présence et sa grâce plus évidentes encore. Donc on peut se laisser prendre à cette chronique pour peu qu'on soit patient, concentré. On peut tout du moins la comprendre.

Cependant, le cadre demeure bien aride. On aimerait quitter ce studio, avoir une traduction plus directe et plus visuelle des visions de « Mademoiselle », le sentiment de l'hypothèse de travail demeure, une sorte de promesse qui n'est jamais vraiment tenue, on s'en tient aux prémices, au potentiel cinématographique de cet étrange destin. La perplexité demeure car la frustration domine. On aimerait entrer dans cette histoire, s'y investir totalement, s'y abandonner, ainsi que le jeu des acteurs nous y invite. Cependant le retour permanent à ce studio d'enregistrement nous maintient à distance en permanence, comme si le cadre faisait barrage à la narration. C'est une variation psychanalytique intéressante, mais il pêche sans doute par excès d'austérité, par cette volonté de coller au texte et rien qu'à lui, s'en tenir à la transcription sur le papier, à sa belle lecture par des bons acteurs. Cependant, cela ne trouve pas vraiment de traduction à l'image. Finalement, malgré l'ambition et l'audace du projet, on ressort avec la même perplexité que lorsqu'on y est entré. Parfois, il arrive qu'un film agisse sur vous, à retardement, vous le portez en vous pendant un moment, son influence grandit et la perplexité cède enfin devant l'émerveillement. Mais ce n'est pas le cas ici. Le registre est toujours celui du témoignage, de l'exposition de ces séances (malgré des intermèdes plus irréels), cela n'est certainement pas dénué d'intérêt. Mais ça ne devient pas pour autant un moment de cinéma comme l'expérimentation hors des formes traditionnelles peut en engendrer. On reste dans le cadre assez froid d'une lecture filmée.
Nicolas Houguet
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