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LE COIN DU CINEPHILE : JOURS TRANQUILLES A CLICHY

Tout sur JOURS TRANQUILLES A CLICHY - Photos - Le 2008-04-01 07:16:28


Au départ, il y a un roman d'Henry Miller, écrit en 1940 et publié en 1956, qui propose une promenade enlevée et autobiographique dans le Paris des années 30. A la bonne époque où Miller n'était pas encore écrivain et passait ses journées à multiplier les conquêtes féminines en compagnie de son colocataire Carl. Inutile de dire que sa parution a fait l'effet d'une sacrée bombe dans le milieu littéraire, principalement pour la vivacité de son écriture entre crudité des mots et pudeur des sentiments. Des années plus tard, lors de sa présentation au festival de Cannes au début des années 70, son adaptation réalisée par le peintre Jens Jørgen Thorsen a généré le même impact en allant jusqu'à heurter les bien-pensants. En représentant le sexe de manière décomplexée, le cinéaste, comme le romancier en son temps, a décoincé tous les tabous tenaces dans une France post-soixante-huitarde en pleine évolution. Aujourd'hui, Jours tranquilles à Clichy, loin du scandale, se regarde avec un plaisir incommensurable. Sans doute parce qu'avant de déranger ou de provoquer les mirettes, il cherche surtout à faire du bien partout dans la tête et dans le corps. Si bien qu'il réussit quelque chose de pas si fréquent : rendre le spectateur heureux. Explications d'une réussite ancrée dans son époque et pourtant génialement intemporelle.

"Revoir cette parenthèse enchantée dans la grisaille cinématographique actuelle est aussi exaltant qu'un rayon de soleil après la pluie."


De Jours tranquilles à Clichy ("Oh quiet days in Cliiichyyy"), on connaît deux adaptations - on devrait plutôt parler de "transposition". La plus connue, c'est celle, poussiéreuse et inepte, réalisée par Claude Chabrol au début des années 90 qui ressemble à un téléfilm tourné, dans les années 70, par un cinéaste des années 40. La moins connue, c'est celle accouchée par Jens Jørgen Thorsen vingt ans auparavant avec une vigueur, une décontraction et un humour jubilatoires. Et, sans surprise, c'est de très loin la meilleure. L'envie d'adapter ce roman de Henry Miller est née entre mai et juin 1969. Dès le départ, l'idée consiste à diviser le film entre fiction (les menus rebondissements qui rythment la vie des deux mecs) et documentaire (une peinture riche de Clichy). Logiquement, le tournage, auquel assista Miller alors âgé de 78 ans, s'est déroulé en deux temps. Jens Jørgen Thorsen a tourné la plupart des scènes intérieures au Danemark pendant que le cameraman Jesper Høm était parti à Paris filmer la Place de Clichy et Montmartre. Et les deux parties s'incorporent idéalement. Jusque là, tout se passe bien. Les problèmes ont eu lieu lors de l'exploitation du film en salle. De toute évidence, le fougueux cinéaste Danois a dépassé les bornes du sexuellement correct. Présenté au festival de Cannes en 1971 où il a suscité autant d'extase que de haine, Jours tranquilles à Clichy a été partiellement censuré en raison de ses scènes jugées trop explicites (les kikis en érection, ça passe moyen).


Ainsi, suite aux retentissements critiques, le film est vendu dans 87 pays. Mais les commissions de censure continuent les pressions (interdiction totale - et apparemment toujours pas levée - en Ecosse). Pourtant, ô grand paradoxe, le montage final, même expurgé de ses séquences les plus chaudes, conserve une vraie intensité, preuve supplémentaire de la robustesse d'un film qui a eu l'intelligence de ne pas uniquement miser sur son potentiel scandaleux mais sur les humeurs fluctuantes de personnages follement attachants. A aucun moment, on oublie de ressentir l'air du désir qui circule partout, porté par l'insouciance et un mode de vie bohème. Là où Chabrol a filmé l'érotisme avec les pieds et livré une oeuvre obsolète (on sait le cinéaste plus doué pour sonder les révolutions intérieures comme, souvenez-vous, dans Le BoucherJean Yanne et Stéphane Audran se consommaient d'amour par le regard), Jens Jørgen Thorsen, lui, a totalement respecté le style frivole et apaisé de Henry Miller jusque dans une tonalité extrêmement sensible. L'écrivain ne s'y est pas trompé en trouvant le résultat plus qu'à son goût. Il n'a d'ailleurs pas hésité à le défendre, principalement en France, là où il a vécu, où ses romans sont d'ordinaire si bien accueillis et où le film peine bizarrement à trouver sa place.

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