Les français ont souvent fait les frais de l'humour à l'anglaise, surtout chez les Monty Pythons, hilares et moqueurs devant nos moeurs si différentes. Pourtant, nous ne pouvions pas passer à côté de certaines comédies so british qui ont réinventé le comique dans des séquences à l'absurdité incongrue et à la bêtise poilante, avec dernièrement, un petit génie nommé Simon Pegg comme chef de file très tendance. Hommage est donné aujourd'hui à l'humour d'Outre-Manche, puisse t-il se perpétuer à jamais dans nos contrées et ailleurs, même s'il faut encore que les froggies que nous sommes en prennent pour leurs grades. Tant que l'on rit, on ne s'en plaindra pas...
SACRE GRAAL
Les films des Monty Pythons sont peut-être les comédies les plus représentatives de l'humour anglais. Parce qu'elles n'abandonnent jamais leur ton absurde, à la limite de l'abstraction totale, pouvant aborder des choses assez trash tout en gardant néanmoins un flegme tout britannique. Et parmi leurs films,
Sacré Graal est peut-être bien le plus emblématique de leur humour en tant que premier véritable long-métrage de leur filmographie. La découverte de cette revisite de la légende arthurienne fut donc pour beaucoup de monde la découverte des Monty Pythons, une véritable claque tant jamais rien de la sorte ne nous était parvenu jusqu'alors. Un constat qui se pose en évidence dès les premières minutes, avec un générique qui est déjà le reflet de ce sens de l'absurde. Et la suite est du même tonneau, lorsque de la lande embrumée surgissent le roi Arthur et Patsy, son fidèle écuyer, annoncés au son d'un "cataclop" hippique. Sauf qu'en lieu et place des chevaux attendus, les deux personnages se déplacent en fait en bondissant, cognant deux moitiés de noix de coco l'une contre l'autre pour simuler le son de leur chevauchée. Alors, pourquoi ? Parce qu'ils n'avaient pas les moyens d'avoir des chevaux ? Parce que ça les faisait rire ? Parce qu'ils avaient des noix de coco à ne plus savoir qu'en faire ? Peut-être un peu de tout ça en même temps, ou bien encore autre chose. Ce qui est sûr, c'est que ça fonctionne car ce gag participe d'une logique propre aux Pythons, qui est de ne jamais se référer à la logique, ou alors dans ses retranchements les plus tordus (voyez la scène du procès de la sorcière). Le film va alors cumuler les scènes d'anthologie, les idées de génie, pour se bâtir sa propre légende, dans un souhait évident d'éclater le format classique d'un long-métrage, d'aller plus loin dans l'humour qu'aucun autre. Mission réussie pour les chevaliers de la Table Ronde, qui nous offrirent là le Graal de l'humour anglais.
HOT FUZZ
Hot Fuzz est une vraie réussite grâce à de nombreux éléments qui, une fois réunis, donnent naissance à l'un des meilleurs films que nous ayons pu voir lors de l'année 2007. Rien que son postulat de départ, à savoir transposer les films à la
Michael Bay ou
Tony Scott dans la campagne anglaise, là où les flics n'ont pas d'arme à feu. Le décalage ainsi créé en devient hilarant car il y a sans cesse une confrontation entre ce que le film veut être (la méthode du policier Angel) et ce qu'il peut se permettre, surtout que l'ensemble est porté par des personnages à pleurer de rire (
Simon Pegg et
Nick Frost, bien sûr, mais aussi toute la galerie de rôles secondaires) qui le rendent encore plus efficace. Sans oublier la réalisation de
Edgar Wright, un p'tit gars comme on les aime et qui insuffle à son film une énergie communicative, fruit d'une passion dévorante pour le cinéma et d'une maîtrise totale de son sujet et de son média. Nous avons donc là une parodie qui ne joue pas tellement sur la "parodie" comme nous l'entendons d'ordinaire (les Z.A.Z pour le meilleur,
Big Movie pour le pire), préférant plutôt la forme d'un pastiche élaboré et frontalement jouissif, véritable porte-étandard de la geek-attitude comme pouvait déjà l'être
Shaun of the Dead. Un besoin de jouer avec les choses que l'on aime, de les manipuler à son tour mais, toujours, avec déférence. C'est ce qui rend les films du trio britannique uniques, le sentiment d'exaltation que l'on ressent en regardant leurs oeuvres parce qu'ils sont faits pour eux, pour nous, jusqu'à un final dantesque qui restera dans les annales comme l'un des plus beaux et efficaces morceaux de péloche barrée. Here come the fuzz !