
Un documentaire de Luc Lagier (22') sur le DVD The end of violence
Auteur du livre « Les mille yeux de Brian DePalma », Luc Lagier est un spécialiste du cinéma américain qui scrute avec finesse et pertinence le travail de cinéastes majeurs contemporains. Wim Wenders est de ceux-là et, bien qu'allemand, sa filmographie fourmille de liens évidents avec le Nouveau Monde, liens que justement Luc Lagier s'attache à définir, à démontrer, à analyser. Rigoureux, il entame son documentaire d'un court extrait de The end of violence, avec la scène où Zoltan Kovacs, le réalisateur, se pose la question « Pourquoi je fais des films en Amérique ? J'aurais dû rester en Europe... » L'ironie du dialogue est évidente, Wim Wenders parle de lui-même et Luc Lagier de nous entraîner dans une courte étude qui nous permettra de mieux comprendre ce qui lie le cinéaste au territoire américain.

Car il s'agit bien de territoire. Un territoire à parcourir, New York, Houston, San Francisco, Los Angeles, mais aussi un territoire culturel cinématographique, Hollywood, John Ford, Nicholas Ray (dont Wim Wenders filmera les derniers mois de la vie dans son film Nick's movie), Samuel Fuller (qui joue le père de l'informaticien dans The end of violence), le road movie, le cinéma indépendant, etc. Luc Lagier s'attarde notamment sur les débuts du futur cinéaste, lorsque celui-ci était encore étudiant puis critique alors déjà fasciné par les cinéastes américains. Mais le cinéma n'est pas le seul médium qui va lier le cinéaste et son pays d'adoption, la photographie, la littérature, la peinture, la musique seront autant d'occasions d'approcher et de comprendre la culture américaine, de l'assimiler pour mieux pouvoir la déconstruire.
Avec The end of violence (1997) Wim Wenders ne pose pas sa caméra aux USA pour la première fois. En effet que ce soient Alice dans les villes (1974), L'ami américain (1977), Nick's movie (1980), Hammet (1982), L'état des choses (1982), Paris, Texas (1984), Jusqu'au bout du monde (1991) ou encore plus récemment The million dollar hotel (2000), The soul of a man (2003), Land of plenty (2004) et Don't come knocking (2005), entre Wenders et l'Amérique c'est une longue histoire, riche et complexe. Sa première approche va révéler une véritable déception, une déception que Wim Wenders a réellement éprouvé et qu'il retranscrit dans son premier long-métrage américain qu'il qualifie lui-même de personnel, Alice dans les villes. L'Amérique qu'il a fantasmée, qu'il a idéalisée se transforme alors en un monde en décomposition, une décomposition encore plus frappante lorsque Wim Wenders apprend que ses cinéastes préférés sont sur leurs derniers jours, en témoigne la mort de John Ford en 1973.

Revenant de façon plus détaillée sur chaque long-métrage qu'il tourne aux USA, ce documentaire s'inscrit donc comme un véritable travail analytique et permet non seulement de replacer The end of violence au sein de la filmographie du cinéaste, mais surtout d'expliciter les thèmes, les figures et les motifs qui traversent ses films et qui révèlent combien la culture américaine imprègne chaque recoin du cinéma de Wenders. Un cours de cinéma en accéléré, efficace et attrayant.
David A.
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