
PENELOPE
Un film de Mark Palansky
Avec Christina Ricci, James McAvoy, Catherine O'Hara
Durée : 1h41
Date de sortie : 09 Avril 2008

Involontairement ou non, Penelope est au conte de fées ce que John Rambo est au cinéma bis, tripal et bourrin : un archétype où toutes les figures imposées du genre ne doivent souffrir d'aucune contestation jusque dans une légère propension à la mièvrerie rose bonbon, à peine démentie par quelques touches de cruauté bienvenues. De quoi jeter ce foutoir sentimental aux orties ? Pas totalement. Pour une seule et bonne raison : Christina Ricci, dans un rôle diamétralement opposé à celui qu'elle jouait l'an passé dans le formidable Black Snake Moan, de Craig Brewer. Ce qui est assez troublant ici, outre la différence d'âge, c'est qu'elle donne l'impression de ne jamais avoir quitté le rôle macabre de Mercredi (La famille Addams) malgré des efforts considérables (Black Snake Moan récemment et par le passé Sexe et autres complications, de Don Roos ou Pecker, de John Waters). Sans la noirceur, Penelope ressemble à la grande soeur de Mercredi. Parallèle incontestable lorsque l'on sait que le film se veut un panégyrique de la différence qui stigmatise le conformisme. De toute évidence, il n'aurait pas été aussi convaincant sans l'abattage de son actrice principale, parfaite pour un personnage qui concentre autant de mystère que de malice, de magie que de souplesse.
Potentiellement passionnant, l'argument fantastique (Penelope arbore un groin à la place du nez) est sous-exploité au profit d'un discours très convenu et typiquement adolescent sur l'acceptation de soi (la marginalité est à l'origine de toutes les modes). Pour essayer de fédérer un public familial, Mark Palansky tente de tordre cette prévisibilité en bousculant quelques clichés. A commencer par le personnage masculin vaguement playboy (James McAvoy, remarqué dans Le dernier roi d'Ecosse) qui n'a rien du prince charmant idéal, aux antipodes du mec doux et compréhensif et plus proche du roublard qui a flairé un vrai poisson. Les autres personnages secondaires sont croqués avec le même humour déjanté que ce soit la mère désemparée jouée par l'hystérique Catherine O'Hara - un festival à elle toute seule - qui en fait des tonnes (mais on ne l'aime que comme ça) ou encore les prétendants qui se bousculent au chevet de la dulcinée porcine et prennent la tangente lorsqu'ils découvrent son visage ingrat.

Lorsqu'il oublie son cahier des charges girly, ce petit film indépendant coproduit par Reese Whiterspoon et Jessica Simpson (copines comme cochonnes) a au moins le mérite d'être assez drôle. Surtout lorsque Penelope, très - et un peu trop - longtemps confinée dans sa demeure bourgeoise décide de fuir son quotidien et d'affronter le monde en masquant comme elle peut la singularité physique qui la rend unique (seconde partie du film). Là, elle découvre le monde loin de sa mère protectrice. Lorsqu'elle commande une pinte de bière au bar, elle ne comprend pas pourquoi le barman la lui lance. Lorsqu'elle se balade dans les parcs, elle ne comprend pas pourquoi des hommes qui font leur footing lui courent après. Au niveau de l'illustration, Mark Palansky sauve les meubles en s'inspirant des toiles de Mark Ryden, peintre américain qui a réalisé la pochette de l'album Dangerous de Michael Jackson ; ce qui donne lieu à quelques plans inspirés, sans plus. S'il peut se regarder sans déplaisir, le résultat est aussi inoffensif qu'une chanson de Lionel Ritchie. Rien n'est suffisamment incisif pour échapper à l'impression persistante d'une mollesse générale.
Retrouvez la galerie photos pages suivantes...









































