
YUMURTA
Un film de Semih Kaplanoglu
Avec Nejat Isler, Saadet Isil Aksoy, Ufuk Bayraktar
Duré : 1h37
Date de sortie : 23 avril 2008

Yumurta propose de suivre Yusuf, un petit bouquiniste d'Istanbul, qui vient de perdre sa mère. Tout comme les nombreux habitants de son village natal, elle est restée vivre au milieu des vastes espaces ruraux, loin de l'urbanisme froid et impersonnel des grandes villes comme Istanbul. Yusuf, quant à lui, s'est émancipé de sa condition campagnarde en réussissant à éditer un recueil de poésies qui lui a permis de migrer vers la capitale. Dans sa nouvelle vie, il a coupé rapidement les ponts avec son passé rural (les champs, le travail de la terre), envoyant seulement un présent ou une carte de Noël pour garder bonne conscience. Sa vie de bouquiniste rangé va être totalement bouleversée par le décès soudain de sa mère, l'obligeant à retourner sur les terres de son enfance. Le passé tant ignoré ressurgit et avec lui naît le sentiment étouffant de la culpabilité.
Chaque plan mettant en scène Yusuf est une véritable fenêtre sur un passé pourtant bien vivant qu'il a cherché à ignorer. Cependant, personne au village ne l'a oublié, chacun nourrissant une profonde fierté de compter parmi eux une célébrité. Une forme de reconnaissance, mais aussi d'admiration dont le poète Yusuf n'avait pas conscience alors qu'il avait tiré un trait sur ses proches. Les contraintes des obsèques de sa mère vont réveiller un tourbillon d'émotions et de sensations qu'il ne voulait pas affronter. La souffrance morale se mêlant au déni absurde de ses racines met littéralement en crise son équilibre physique et mental.

On assiste donc au véritable voyage intérieur de Yusuf au travers des paysages ruraux que sublime le réalisateur grâce à une mise en scène faisant fi d'une économie formelle déconcertante. Le pictorialisme de chaque plan permet une approche symbolique qui cueille le regard du spectateur et l'invite à de nombreuses réflexions sur le sens de la vie. Kaplanglu se débarrasse des oripeaux suresthétiques qui infectent la majorité des productions cinématographiques, les rendant si insipides et vides de sens. Le réalisateur est loin d'évacuer le sens des images - ce qui est propre à 90% des films actuels - pour, au contraire, véhiculer du sens dans chacune d'elle. Pour ce faire, Yumurta laisse au public le temps de la réflexion grâce à des plans le plus souvent statiques qui se prolongent dans la durée en prenant le temps de s'imprimer sur la rétine des spectateurs. Ils convoquent chez eux plus que leur sensibilité : leur raison en les invitant à une véritable expérience cinématographique. S'ajoute à cela une mise en scène sonore extrêmement travaillée, tout comme la composition picturale des plans, jouant sur la triangulation du champ, du hors champ et la profondeur de champ, ce qui pourrait parfaitement servir d'exemple à bon nombre de metteurs en scène.



































