
L'UN CONTRE L'AUTRE - POINT DE VUE Un film de Jan Bonny
Avec Matthias Brandt, Victoria Trauttmansdorff
Durée : 1h40
Date de sortie : 23 avril 2008

Si vous n'êtes pas d'humeur, mieux vaut fréquenter une autre salle ! Pendant plus d'une heure trente, L'un contre l'autre, Gegenüber de son titre original ("vis-à-vis", en allemand), ne fait que coller à la détresse nue d'un homme battu par sa femme. Ce sujet tabou à valeur sociale - casse-gueule car pas ou peu évoqué au cinéma - se déroule chez des gens ordinaires, a priori accordés avec l'existence : Georg, un flic, et Anne, une institutrice, qui simulent un faux épanouissement pour ne pas éveiller les soupçons. Pour son premier essai, Jan Bonny a au moins le courage de ses ambitions : emmener le spectateur dans un engrenage à la fois psychologique et physique sans jamais qu'il ne se sente pris en otage par un émule de Lars Von Trier malintentionné. C'est d'autant plus troublant que le personnage de Georg affirme dès la première scène un sang-froid inouï en sauvant un collègue d'une situation inextricable. Un courage qui va justifier une promotion du supérieur et bouleverser sa vie professionnelle (début des rivalités non dites) et intime (angoisse de retrouver sa femme jalouse et névrosée). Les seuls passages qui servent à faire le lien entre ces deux univers limités sont de déprimants trajets en bus où l'homme est seul face à ses peurs silencieuses et ses tourments intérieurs. A défaut d'être inédit, le portrait est intéressant : Georg est confronté à sa réussite sociale et découvre l'égoïsme d'un entourage hostile.

Installé dans une routine médiocre avec des enfants fantômes désormais à la fac qui ne se doutent de rien et assujetti aux parents de Anne qui pratiquent un chantage ambigu (détruisant au passage le respect de la sacro-sainte cellule familiale), ce couple précaire de petits fonctionnaires sans lendemain réalise soudainement le néant de leur vie et doit assumer une débâcle existentielle. Autopsie d'un couple en crise ? Mieux que ça. C'est le manque de reconnaissance d'Anne (infantilisation de ses parents, incapacité de s'assumer toute seule, sensation d'avoir raté sa vie, traumas anciens et sourds qui remontent à la surface) qui est à l'origine de ses sentiments exacerbés. Elle se déteste tellement qu'elle déteste tout ceux qui l'entourent (refus du réconfort, haine de la léthargie dans laquelle elle s'est fourvoyée) et détruit le ciment affectif par une baffe, des attaques dégradantes sur le physique de son conjoint las, des coups de plus en plus forts, avant les humiliations publiques, perceptibles à l'oeil nu. Le miroir se brise, la femme prend la place de l'homme, et inversement, à travers un jeu de domination proche d'un sadomasochisme pas assumé. Située dans un contexte social à se flinguer, l'histoire évolue de manière extrêmement crédible et, bonne nouvelle, ne cède jamais aux lois de la surenchère crapoteuse qu'un tel sujet pouvait laisser craindre. C'est là d'ailleurs que réside toute sa puissance : l'incapacité de traduire des choses complexes avec des mots simples.
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