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LE HANDICAP AU CINEMA

LE HANDICAP AU CINEMA

Tout sur LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON - La Critique - Photos - Le 2008-04-14 07:49:38


Au cinéma, le seul handicap qui existe réside dans le manque de talent. Et quand ce dernier prend place, alors tout devient possible, imaginable, beau et triste à la fois. L'art transcende les limites physiques, pour notre plus grand bonheur. Certains rédacteurs ont décidé de rendre hommage aux oeuvres sur ce sujet délicat qui les ont le plus marqués.


LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON
Ce film est une véritable oeuvre d'art et une approche inédite du handicap. Il est abordé de l'intérieur et non pas, comme c'est l'habitude, par l'aspect extérieur du héros et de son corps supplicié. On ressent d'abord ce qu'il éprouve, on perçoit le monde par son prisme, grâce à une mise en scène brillante (le visage des visiteurs qui entrent dans son champ de vision, la scène terrifiante où on lui coud la paupière, les sons qu'il entend, le passé qu'il revit souvent dans une lumière magnifique). Tout concourt à entrer dans son intimité, presque en vue subjective, avec comme seul guide son monologue intérieur, avec la voix de Mathieu Amalric qui nous guide tout au long du film. Il permet d'atteindre une compréhension et une empathie uniques au cinéma. Il existe peu d'équivalents qui ont cette puissance évocatoire, hormis Johnny got his gun qui avait une portée plus politique, plus engagée. Cet homme nous ressemble, vibre des mêmes désirs, des mêmes regrets, du même esprit, de cette envie obstinée d'exister qui se réfugie dans les derniers retranchements d'un corps figé comme dans un scaphandre. Et ce qui frappe, ce n'est plus sa différence, le terrible accident qui l'a frappé entraînant ce « locked in syndrom », c'est l'intensité de ses sentiments, de son esprit, de son humour, de son désir, de son désarroi. C'est au final, grâce à l'identification qu'il inspire au spectateur, une vie essentielle qui impose son évidence. Il s'agit d'un patchwork de moments qui finissent par recomposer une existence. Finalement, c'est le sujet central et profond de cette histoire, et ce qui en fait l'un des films les plus importants de ces dernières années. Au delà du fait qu'il permet de comprendre ce que peut ressentir une personne handicapée, sa grande frustration, il porte tout simplement un beau regard sur la vie. Et c'est en cela que, comme le livre original, il est un moment exceptionnel et bouleversant.


BIENVENUE A GATTACA
Assez rares sont les films sur le handicap qui n'ont pas valeur de témoignage, inspirés de cas ou d'histoires vrais. En général, cela permet de vanter le courage de gens courageux qui se battent pour surmonter leur état. Il s'agit d'un cliché largement répandu et souvent traité au premier degré. Andrew Niccol en fait le fondement de son récit, se concentrant sur le cas d'un « invalid » génétiquement impur dans un monde où l'imperfection et l'insuffisance ne sont pas tolérées. Ainsi le handicap devient partie intégrante de la narration, cette nécessité de dépasser son insuffisance devient la raison de vivre et l'obsession d'Ethan Hawke. L'infirmité devient presque allégorique et paradoxale. Jude Law, à qui il emprunte son patrimoine génétique parfait, est en fauteuil roulant et le héros, qui a toutes les apparences du bipède standard, devient « l'invalidé », l'imposteur, celui qui veut dépasser sa condition coûte que coûte pour accéder à son rêve: aller dans l'espace. Ainsi, le film adopte une approche très originale puisqu'il s'agit d'une inversion des valeurs, on traque la différence indécelable, ces poils et ces peaux mortes qui peuvent trahir une faiblesse congénitale. Seule la pureté génétique compte, les visages sont interchangeables. Il s'agit avant tout d'une oeuvre sur une dictature de la perfection, où les exclus ne sont plus seulement les êtres difformes ou infirmes (comme dans Elephant man), mais tous ceux qui sont potentiellement faibles et défaillants, indésirables. En cela, le film souligne avec force l'exclusion de tous ceux qui ne sont pas conformes et suggère leur souffrance, leur volonté d'être acceptés. Il s'agit de science-fiction bien sûr, d'anticipation, mais la dérive et les excès de cette société là ne sont pas très loin des perversités de la nôtre. Admettre la défaillance, la faiblesse, le handicap, c'est accepter l'imperfection qui est aussi partie intégrante de la nature humaine et de sa grandeur. Un générique de fin alternatif montrait tous les êtres exceptionnels qui n'auraient pu exister si les codes de Gattaca avaient eu cours. On y trouvait Lincoln, Van Gogh, Emily Dickinson, Kennedy. On pourrait y ajouter Beethoven. C'était assez éloquent.

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