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MARTIN SCORSESE, SHINE THE MUSIC - PARTIE 2

MARTIN SCORSESE, SHINE THE MUSIC - PARTIE 2

Tout sur SHINE A LIGHT - La Critique - Photos - Le 2008-04-15 06:27:47


Si Martin Scorsese est resté influencé par la musique populaire, il voue également un culte aux compositeurs qui ont su l'absorber dans sa jeunesse et bien après. Le cinéaste est un homme de collaboration avec des partitions originales signées par les plus grands : Bernard Hermann, Peter Gabriel, Elmer Berstein ou encore Philip Glass. De Taxi Driver jusqu'à A Tombeau Ouvert, la même lumière rouge sur les visages de Robert De Niro et Nicolas Cage. Et surtout, la même musique enivrante, captant la douleur latente des protagonistes et leur fusion avec la Grosse Pomme. Les musiciens s'adaptent à l'incandescence du style scorsésien et leurs notes sentent la violence du bitume et les corps décharnés. Avec grâce et beauté sourde. Pour sa part, Howard Shore a pris le relais dès 1985 avec l'excellent After Hours. Revenu d'une communauté en Nouvelle-Zélande qui est depuis rentrée dans la légende, le compositeur de The Aviator et des Infiltrés est devenu le musicien fétiche du réalisateur. Deuxième temps, deuxième mouvement d'un voyage à travers la musique selon Martin Scorsese.


De Grands Compositeurs Pour Un Grand Réalisateur

Le réalisateur a toujours été un grand admirateur d'Alfred Hitchcock et travailler avec le compositeur fétiche du maître du suspens donna une oeuvre crépusculaire, moite et intense. Le thème principal avec le solo saxophone de Tom Scott donne toute la mesure de l'ambiance du film de Martin Scorsese, entre désespoir et violence. Le Jazz en éruption du musicien suit la traversée de Travis Bickle à travers les rues de New York. Le chauffeur de taxi trouve en Betsy (Cybill Sheperd) une possible rédemption, et ceci à travers une reprise en agitato du thème central. Les réarrangements cristallins rendent compte de la folie douce de ce vétéran du Vietnam et de son attachement passionnel pour cet ange en blanc (Betsy In A White Dress). Les répétitions du thème parviennent à créer un enfermement sonore dans lequel s'engouffre la voix à demi morte de Robert de Niro : "Someday a real rain will come and wash all this scum off the streets" ("Un jour viendra une pluie qui lavera toute l'écume de ces rues"). The .44 Magnum Is A Monster nous offre un retour savoureux à Vertigo tandis que de discrètes ritournelles de percussions militaires drainent de lointaines ondes qui s'effacent au profit d'un piano endolori (Sport And Iris). Les tambours battent une dernière fois le rappel dans God's Lonely Man (End Title). La brebis égarée rentre au troupeau, fêlure mentale à jamais gravée. Le musicien s'octroie tout de même un petit élan grandiloquent après de derniers soubresauts figurant le malaise et la solitude de cet homme. Jamais la bande originale d'un film n'a autant collé à la peau son personnage principal. Bernard Hermann s'est éteint la veille de Noël 1975 la nuit même où il mit un point d'orgue à son ultime chef d'oeuvre.


Le scénariste de Taxi Driver Paul Shrader, collabora de nouveau avec Martin Scorsese sur La Dernière Tentation du Christ en 1988. C'est cinq ans auparavant que le réalisateur avait contacté Peter Gabriel pour mettre en musique sa version cinématographique d'après le livre de Nikos Kazantzakis. L'album s'ouvre sur The Feeling Begins. Tandis que le doudouk (hautbois à tuyaux cylindriques) joue une mélodie arménienne traditionnelle (The Wind Subsides), les percussions finissent par couvrir tout le champ sonore. Le Jésus de Nazareth selon Peter Gabriel et Martin Scorsese est un homme livré au péché. Les tourments prennent la forme de samples de flûtes atonales mêlés à des voix sombres et graves (Gethsemane). L'album du musicien où prédominent les mouvements de percussions fait s'entrecroiser les sons synthétiques et les harmonies construites autour d'instruments à vent. A Different Drum ou Zaar sont des exemples parfaits du style de l'auteur. Les mélodies orientales sont confrontées à des sonorités plus sèches provenant d'un Prophet 5 ou d'un Akai S900. La Passion (7:38) selon Peter Gabriel mêle également ces deux tonalités avec des percussions brésiliennes. La piste dirige l'auditeur vers un flux de douleur inexorable, exprimé par une voix masculine en déchéance. Les nappes musicales en arrière-plan s'étiolent et laisse la place à une mélopée divine et puissante. L'auditeur en garde les stigmates. L'artiste a entendu les prières scorsésiennes: La Dernière Tentation du Christ devient majestueux dans ses choeurs (With This Love-Choir) sans abandonner le visage purement humain de Jésus. Certaines pièces sont plus difficiles d'écoute hors contexte, l'auteur forçant le ton (The Promise Of Shadows). Cependant, dès qu'il revient à une forme plus concrète, le musicien parvient à nous gratifier d'un album intimiste d'une richesse sonore incroyable et en phase avec la vision de son metteur en scène.

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