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INTERVIEW : ALEXANDRE DESPLAT

INTERVIEW : ALEXANDRE DESPLAT

Tout sur L'ENNEMI INTIME - La Critique - Photos - Le 2008-04-16 05:28:26


"D'abord je suis un grand fan de musiques de films, mon amour du cinéma est d'ailleurs en partie à l'origine lié à l'amour que je ressens pour la musique de films, ce sont deux choses qui se rejoignent. J'adore écouter de la musique lorsque je travaille, lorsque j'écris, j'en ai toujours écouté beaucoup, notamment lorsque je n'avais pas encore la chance de pouvoir réaliser et que je m'en sentais frustré, la musique m'emportait, générait en moi des émotions sans forcément que je sois connecté au film, j'en arrive parfois même à oublier mon attachement pour le film. Du coup, la rencontre avec Alexandre a été immédiatement très forte. Il y a eu tout de suite une connexion évidente, nous aimons les mêmes compositeurs et nous partageons ce même amour pour la musique de films et le cinéma, car Alexandre adore le cinéma et c'est par le cinéma qu'il est devenu compositeur, c'est son amour pour le cinéma qui l'a entraîné vers cette carrière et, parfois, je me demande si ce n'est pas la musique de films qui m'a amené à devenir réalisateur. C'est une belle rencontre, il fait aujourd'hui partie de ma famille. Lorsque nous travaillons ensemble, il y a de nombreuses étapes et beaucoup de silences. Je lui parle toujours de mes projets en amont, je lui envoie les premiers traitements du synopsis, on parle beaucoup, on se voit en dehors, j'écoute ses autres compositions, et puis, comme tous les grands artistes, il sait s'adapter à la personnalité du réalisateur qu'il a en face de lui. Lorsqu'on attaque vraiment la musique du film, je lui donne toujours un CD de musiques qui m'ont inspiré durant l'écriture, juste pour commencer, pour ouvrir le débat. Nous avons toujours une approche différente. Sur Une minute de silence, il m'a donné près de 75 minutes de musique et c'est moi qui l'ai callée sur les images, il a vu le film et il a composé ce qu'il imaginait. Sur Nid de guêpes il y a des tas d'envies qui se mêlent, comme pour moi au niveau de l'image. Sur Otage, Alexandre a atteint une certaine maturité musicale, alors que pour moi elle est arrivée avec L'ennemi intime. On passe des caps, Alexandre en a passé un avec le film de John Turturro, The Luzhin Défense. J'ai toujours cru en son talent, il a beaucoup souffert à un moment donné car il n'était pas reconnu en France et cette reconnaissance est venue d'outre Atlantique lorsqu'il a obtenu un Golden Globe (Le Voile des illusions), l'Ours à Berlin (De battre mon coeur s'est arrêté) ou lorsqu'il a été nominé aux Oscars (The Queen), alors qu'il a fait des dizaines de musiques de films avant. Aujourd'hui c'est l'un des plus grands compositeurs de musiques dans le monde et en plus de son talent et de sa virtuosité il a une immense humanité en lui et sa sensibilité transparaît dans ses musiques. Il arrive à faire que le film s'élève et lui apporte certaines nuances."

Florent Emilio Siri


Florent Emilio Siri et Alexandre Desplat signent avec L'ennemi Intime dix ans d'une collaboration qui évolue au diapason de la complicité et du renouvellement artistique.
Les nappes sombres des cordes scandées par des timbales sourdes implacables et la résonance singulière des Gongs et des bols rituels nous rappellent que les soldats sont pris au piège d'une guerre imprévisible où les silences, les paysages arides, le soleil de plomb, les nuits bleu- argenté et les villages abandonnés dissimulent la violence et la mort.
Loin d'être animée de tempi allegro et de timbres tonitruants, la partition d'Alexandre Desplat est une sorte de no man's jazz où la trompette, écho lointain à Miles Davis, se transforme en plainte disjointe, témoin d'un danger omniprésent ou en adagio nostalgique et profond pour cordes à la mémoire des jeunes appelés disparus.
La musique ne participe pas au combat, mais synonyme de conflit intérieur, elle colle à la peau de Terrien et la sonorité méditative et hypnotique de la flûte l'enveloppe d'un souffle de tendre trahison qui viendra recueillir son dernier soupir.
La dimension épique et le minimalisme froid (proche d'Inquiétudes) de cette bande originale, ô combien réussie, sont le reflet d'une inspiration créatrice inépuisable.

Dix ans de collaboration avec Florent Emilio Siri et quatre films : Une minute de silence, Nid de guêpe, Otage (production américaine) et L'ennemi intime. Pouvez-vous nous raconter l'évolution de votre travail commun ?
Pour le premier film de Florent, Une minute de silence, j'avais écrit une musique « inspirée » d'un tout premier montage. Des morceaux de plusieurs minutes qui n'étaient pas calés à l'image. Les deux films suivants étaient dans une approche beaucoup plus « musique de film » avec un travail très détaillé à l'image près et dans les codes du genre : le thriller. Sur L'ennemi intime, nous avons cherché une troisième voie, un chemin écarté, jouant le moins possible avec les codes du genre « film de guerre ». L'émotion et l'étrangeté étaient nos seuls repères.


Pour quelle raison la musique, très présente dans L'ennemi intime, souligne- t'elle les moments de tension avant l'irruption d'un événement plutôt que l'action elle-même ?
L'action se suffit à elle même. La mise en scène de Florent est d'une virtuosité et d'une précision telle qu‘elle n'appelle pas forcément de la musique. C'est la tension qui précède ou l'écho qui s'en suit qui sont importants.

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A l'occasion de la sortie du film L'ennemi Intime de Florent Emilio Si...
 
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