
CLASSE PAS CLASSE : SIDNEY LUMET
Tout sur 7h58 CE SAMEDI LA - La Critique - Photos - Le 2008-04-17 12:28:58Florent-Emilio Siri
Sans doute l'une des dernières légendes du cinéma américain encore en activité, et indubitablement l'un des meilleurs « directeurs d'acteurs », Sidney Lumet peut se targuer d'avoir une filmographie longue comme le bras, aussi passionnante que variée. Presque cinquante films pour autant d'années de carrière, et parmi eux, des chefs d'oeuvres immortels, des pépites inconnues, et, forcément, quelques incidents de parcours... Bref, un cinéaste idéal pour passer à la loupe d'un Classe/pas classe.

DOUZE HOMMES EN COLERE - TRES, TRES CLASSE
Malgré une longue période d'apprentissage, à la fois au théâtre (dans une troupe de Broadway qu'il dirige dès 1947, soit à 23 ans) et à la télévision (où il réalise plus de 150 émissions en direct), Sidney Lumet aura au moins sa place dans les livres historiques juste à côté d'Orson Welles. Inattendu ? Pas vraiment, puisque les deux hommes ont réussi dès leur premier long-métrage à accoucher d'un chef d'oeuvre absolu. Quoique moins formaliste et révolutionnaire que Citizen Kane, Douze hommes en colère synthétise déjà les obsessions de son réalisateur et l'avant-gardisme de son style, que l'on qualifiera ensuite par paresse de « classique ». Comme d'autres grands cinéastes éduqués à la télévision (John Frankheimer, par exemple), Sidney Lumet a pourtant dès le départ tout compris des enjeux de la narration cinématographique, utilisant le gros plan comme un facteur de tension, et le huis-clos comme un révélateur des pulsions de chaque homme. Tourné en à peine 20 jours, à l'économie, l'histoire de ces douze jurés confrontés à une affaire qui se révèle plus complexe qu'on ne la présente, reste étonnamment moderne dans son message humaniste, même 50 ans plus tard. Le duel Henry Fonda - George C.Scott, qu'on jurerait manichéen, échappe encore et toujours à toute simplification idéologique, pour toucher au plus juste, au plus indicible : les notions de doute, de confiance, de justice. Celles qui constituent le ciment de toute société. Des années plus tard, William Friedkin lui-même se cassera les dents en voulant « moderniser » un film pourtant déjà parfait.
LE PRETEUR SUR GAGES - TRES TRES CLASSE
Comment parler de l'horreur de l'Holocauste au travers du film de genre ? Avec l'histoire d'un prêteur sur gages new yorkais juif ayant survécu aux camps de concentration, mais si marqué, qu'il sombre dans un nihilisme absolu. Idée géniale de Lumet, filmer les bas-fonds de New-York pour explorer ceux de l'humanité. Et surtout éviter de sombrer dans les bons sentiments ou la compassion avec une réalisation des plus modernes pour les 60's : noir & blanc sec, regard sur les mouvements sociaux du moment, jazz à fond les ballons et même quelques scènes de nu. Longtemps resté inédit en France, Le prêteur sur gages continue à estomaquer par sa virulence et ses audaces. L'extraordinaire composition de Rod Steiger en homme brisé n'étant pas la moindre des qualités de ce film dérangeant.

POINT LIMITE - TRES, TRES CLASSE
Sorti la même année que Dr Folamour, Point Limite peut être considéré comme son cousin dépressif. Là où le pamphlet satirique de Kubrick sur la bombe atomique faisait exploser le globe dans un grand éclat de rire (noir, bien sûr), Lumet privilégie un sombre fatalisme, personnalisé par le regard fuyant et désabusé du Président des Etats-Unis (Henry Fonda, une nouvelle fois impeccable). Désormais rompu à l'exercice du long-métrage, le cinéaste n'oublie pas qu'il est au départ un homme de théâtre. Et une fois encore, Point Limite est un huis clos, méticuleusement écrit, terriblement réaliste dans sa description d'une escalade incontrôlable vers le chaos mondial, déclenchée par une simple erreur informatique. Pas une trace d'humour ou de second degré échappatoire ici : on sentirait presque la sueur perler sur le front des technocrates retranchés dans leur bunker anti-atomique, tâchant de stopper l'inévitable. Avec peu d'effets, et un maximum d'efficacité, Lumet signe une nouvelle perle immanquable, meilleure, bien meilleure que son remake télévisé tourné en direct avec George Clooney.
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