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L'IMAGE DE LA FRANCE COLONIALE

L'IMAGE DE LA FRANCE COLONIALE

Tout sur L'ENNEMI INTIME - galerie de photos - Le 2008-04-17 10:13:45


    On le sait, la France n'a jamais été pressée de raconter son Histoire trouble sur grand écran, et a souvent préféré ruminer sa culpabilité post-coloniale sans vraiment croire aux vertus thérapeutiques du Cinéma. Alors que les Anglais se sont offert à la fois des visions glorifiées ou critiques de leur passé impérialiste (de Quatre plumes blanches à Gandhi en passant par Lawrence d'Arabie) partiellement aidés, il est vrai, par des américains totalement décomplexés sur la question (Gunga Din, Beau Geste, La Charge de la brigade légère etc.), la France, elle, s'est laissé une bonne cinquantaine d'années avant que ses caméras osent revenir vers les territoires autrefois occupés. Petit aperçu d'une page d'Histoire, flamboyante et sanglante.


COEURS BRULES (1930)
L'année 1926 avait vu l'énorme succès de Beau Geste, avec Ronald Coleman, ainsi que la mort de la supramégastar Rudolph Valentino après un dernier rôle orientalisant à succès (Le Fils du Sheik). L'espace de quelques années, le Moyen Orient et le Maghreb devenaient le summum du glamour. Pour leur premier film à Hollywood, il était donc attendu que le glamourisant Josef Von Sternberg et sa muse glamourisante Marlene Dietrich s'aventurent en Arabie. Morocco, alias Coeurs brûlés, marquerait pour le couple le début d'une série de films à l'exotisme chatoyant, au production design impeccable, et jouant jusqu'au bout l'analogie entre la fantaisie et le fantasme (sexuel, évidemment). Face à un Gary Cooper géant, légionnaire d'une beauté et d'une propreté surnaturelle, Marlene Dietrich est une chanteuse européenne paumée en Afrique du Nord, animant un « cabaret » (un bordel ?) où viennent se perdre les légionnaires enivrés. Lui, comme elle, n'ont pas envie de parler de leur passé, et encore moins de se révéler leur amour. Mais une périlleuse mission l'attend, et va décider de leur sort amoureux. Mélopées, thé vert, danse du ventre, palmiers et reflets mordorés sur les sables du désert... A travers la caméra de Sternberg, la colonie française d'Afrique du Nord semble être un paradis des sens, où la sensualité est aussi épicée que le couscous. L'espace d'une séance, toutes les américaines rêvent de devenir des putains dans un souk du bled. Par contre, aucun légionnaire et aucun arabe n'a jamais reconnu son pays en voyant ce film.
Le légionnaire Gary Cooper fera une telle impression sur ces dames, qu'il se retrouvera plus tard dans un remake de Beau Geste. Et Marlene Dietrich continuera son périple oriental jusqu'aux Jardins d'Allah.


LA BANDERA (1935)
Il aura fallu qu'Hollywood produise une bonne trentaine de films d'aventure en terre arabe (situés le plus souvent en Lybie ou en Mésopotamie, territoires où l'on parle anglais) pour que la France réalise que ses colonies étaient chargées d'un potentiel cinégénique, voire carrément glamour. Tandis que Marie Dubas fait chanter le pays à coups de « Il était mince, il était beau, Il sentait bon le sable chaud, Mon légionnaaiiiiireuh », Julien Duvivier décide de transformer Gabin, le titi parisien, en bon gars d'la légion. Suite à un meurtre qu'il n'a pas souhaité, dans une ruelle sombre de Paris, notre Jean s'enfuie vers l'Espagne et intègre le seul groupe qui lui garantit l'anonymat : la légion étrangère espagnole. Il se prend d'amitié pour un certain Lucas, ignorant qu'il s'agit là d'un flic chargé de recueillir sa confession de meurtrier. Arrivé au bled, il tombe amoureux de Aischa la Slaoui (Annabella) une beurette au charme typiquement scandinave. Finalement grillé par le traître Lucas, notre héros et son ennemi révélé se retrouvent pris au piège d'une attaque de sales indépendantistes arabes super vilains en plein désert. Leur garnison est zigouillée, mais les deux ennemis tiennent bon. Du Paris sorti d'une toile montmartroise à une Espagne de rêve, de la Casbah version glamour au gunfight westernien dans le désert, La Bandera est un défilé de cartes postales entièrement assumé par la caméra élégante de son réalisateur. Et puis y'a pas à dire, Jean Gabin en marcel et la sueur au front, qui dégomme du fellagha au tromblon, c'est certainement pas politiquement correct mais ça en jette !

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