
CINE : IL VA PLEUVOIR SUR CONAKRY
Tout sur IL VA PLEUVOIR SUR CONAKRY - La Critique - Le 2008-04-22 07:34:42IL VA PLEUVOIR SUR CONAKRY
Un film de Cheick Fantamady Camara
Avec Alexandre Ogou, Balla Moussa Keita
Durée : 1h53
Date de sortie : 30 avril 2008

Auréolé de nombreuses récompenses internationales, Il Va Pleuvoir Sur Conakry nous invite à suivre le quotidien de Bangali, fils de Karamo, l'imam de la mosquée de Conakry. Bangali s'oppose aux pratiques religieuses de son père, et va jusqu'à remettre en cause les traditions ancestrales guinéennes. Ce dessinateur et caricaturiste va mener un combat périlleux contre toutes formes de soumission imposées par les pratiques religieuses et traditionnelles. De par son métier ouvertement provocateur et son amour pour la belle Kesso (la superbe actrice béninoise Tella Kpomahoun), il coule dans ses veines un puissant esprit contestataire. Avec Il Va Pleuvoir Sur Conakry, c'est toute une société qui sera clouée au pilori au travers du témoignage bouleversant du personnage de Bangali. Il souligne avec une grande finesse les déviances des pratiques religieuses et traditionnelles guinéennes qui sont à l'opposé des valeurs qu'elles prônent.
Cheick Fantamady Camara, le réalisateur d'Il Va Pleuvoir sur Cornakry, stigmatise l'écart générationnel entre Bangali qui incarne à merveille la jeunesse guinéenne en quête d'émancipation et de liberté, et son père l'Imam Karamo qui appartient à la génération de ses aînés qui restent endoctrinés dans le traditionalisme religieux, poussant trop souvent à l'absurde et à des drames familiaux. Offrant un panel d'images parfois crues et inhabituelles pour un film africain, auquel s'ajoutent des propos tout aussi durs qui mettent véritablement à nu ses acteurs et la société dans laquelle ils gravitent. À ce titre, on peut évoquer l'introduction du film qui est ni plus ni moins une séquence où Kesso et Bangali font l'amour sans la moindre retenue. Les corps d'ébène s'enlacent lascivement au gré des soupirs de jouissance. Une séquence d'une grande beauté dressée comme une forme de provocation face au public musulman guinéen.

Le ton général n'est pourtant pas celui du drame social pur et dur. Cheick Fantamady Camara a su insuffler des accents de comédie satirique à son film, allégeant le pathos imposé par le scénario. L'instrumentalisation du pouvoir religieux est omniprésente, mais la manière dont elle est mise en scène souligne les situations souvent ridicules qui en découlent. Une grande force qui nous prend à témoin et qui dénonce de manière frontale les hauts responsables de l'État guinéen, asservis par les instigations religieuses. Incriminant directement le père du héros, l'imam de la mosquée de Conakry, le réalisateur risque de s'attirer les foudres des instances religieuses de son pays. Un mal pour un bien, et ce n'est pas l'infanticide perpétré dans un pur esprit traditionnel qui va prouver le contraire. L'horreur de la mise à mort de l'enfant, à laquelle on assiste impuissant dans une séquence de nuit, renforce encore plus l'apologie des traditions poussée dans ses ultimes retranchements.
Un terrible message délivré par un réalisateur qui cherche à faire réagir les consciences de son pays, mais aussi en dehors des frontières de celui-ci. Il Va Pleuvoir Sur Conakry se montre tour à tour ironique, satyrique, bouleversant et profondément humain. Un film ancré dans la réalité la plus palpable et dérangeante. Le happy end de cette grossesse désirée par un couple heureux est un joli pied de nez qui conclue le film et incarne cette nouvelle génération qui aspire à s'émanciper clairement du poids des traditions religieuses.
Gwenael Tison





































