
GRACE IS GONE
Un film de James C. Strouse
Avec John Cusack, Alessandro Nivola, Gracia Bednarczyk
Durée : 1h32
Date de sortie : 28 Mai 2008

La vie de Stanley Phillips, père de deux petites filles, bascule lorsqu'il apprend la mort de sa femme, Grace, tuée au service en Irak. Comment annoncer à ses filles que leur mère les a quittés ? Stanley tente de repousser ce moment en conduisant les petites à un parc d'attractions en Floride, dans un voyage impromptu qui le met face à son chagrin. La voix de sa femme sur le répondeur téléphonique lui procure un piètre réconfort tandis qu'il cherche la manière de partager la triste nouvelle avec ses enfants.
John Cusack fait partie de ces acteurs que l'on aime. Quoiqu'il fasse... Toujours présent là où on ne l'attend pas et toujours présentable comme un bon gendre, ce comédien atypique et génialement banal nous surprend cette année avec son interprétation nuancée et profonde de Stanley, mari et père abandonné bouleversé par le décès de son épouse. Incapable d'annoncer la nouvelle à ses deux filles, il décide de les emmener en road trip à travers les Etats-Unis et de se confronter, enfin, à leurs questionnements. Grâce à un casting de premier choix, laissant les deux jeunes comédiennes se tailler la part du lion, ce drame humain possède cette naïveté bienvenue et cette incandescence enfantine évitant la dramatisation systématique des situations... Partant avec un léger handicap : la très lourdingue composition musicale de Clint Eastwood dont l'épuration la plus totale laisse songeur, Grace is Gone parvient à titiller notre émotion par des séquences quotidiennes mais justes.

Au fil des quelques recontres, avec le frère de Stanley ou un jeune adolescent dans un hôtel, les personnages se construisent, s'affinent et démarrent, sans le savoir, une nouvelle vie sans figure maternelle aucune. Le père prend ses nouvelles responsabilités, la cadette grandit et l'aîné occupe désormais une nouvelle place dans la famille : celle de la femme. Ces chamboulements, aussi invisibles que primordiaux établissent un portrait touchant, voire bouleversant pour les plus sensibles, d'une petite communauté victime de la disparition d'un parent. Si le film reste au final une délicate sortie de route, une parenthèse enchantée sur l'asphalte américain cherchant à repousser indéfiniment la terrible annonce, il parvient néanmoins à témoigner intelligemment du deuil progressif chez un père fragilisé mais déterminé.
Cependant, le tout souffre de quelques maladresses et à force de brandir l'étendard de la discrétion et de la pudeur, notre intêret perd parfois de son intensité. On oublie les enjeux du film, on met de côté l'intelligence du jeu de la jeune O'Keefe et les bonnes intentions restent parfois sans écho d'un point de vue cinématographique. Cependant, Grace is Gone n'est jamais larmoyant et si ses qualités deviennent parfois de vilains défauts, il reste un joli premier film dont la cruauté du propos est adoucie par la justesse de ton et de jeu de l'ensemble du casting.
Kevin Dutot
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