Ce qui frappe d'emblée, comme une évidence chez
Naomi Watts, c'est sa vulnérabilité, cette fragilité intense comme une blessure ouverte, l'empathie hors du commun qu'elle inspire à chaque rôle. Ainsi, on n'a pas très envie de la voir souffrir, livrée aux mains d'un gorille géant par une tribu sauvage ou plongée dans le drame absolu de
21 Grammes, ou encore perdue dans les méandres de
Mulholland drive. Parce que son visage est ouvert, elle fait ressentir fort la souffrance autant que l'allégresse, parfois les deux ensemble.

Elle participe à l'étrange remake de
Michael Haneke,
Funny games U.S, copie plan par plan de son film original. Elle y sera au coeur d'une famille qui voit sa belle vie troublée par l'irruption de la violence aussi absurde qu'absolue. Cependant, sa vérité est aussi dans l'autodérision, dans
J'adore Huckabees de David O. Russell ou l'étonnant
Ellie Parker en 2005 (une journée dans la vie d'une actrice). Elle est, il fallait s'y attendre, l'égérie de thrillers qui, sans elle, perdraient un peu de leur âme et de la tension inquiète qu'elle sait dégager (
The Ring, Stay). Entre clarté et noirceur,
Naomi Watts est une belle sensibilité riche et profonde.
Elle naît en 1968 en Angleterre. A l'adolescence, elle émigre en Australie. Elle sera australienne d'adoption et trouvera par exemple en
Nicole Kidman une amie au soutien indéfectible lors de ses tous premiers castings. Le début de sa carrière est dominé par l'incertitude. Elle se lance d'abord dans le mannequinât qui lui rapporte un peu d'argent et beaucoup de frustration. Elle abandonne un moment toute velléité artistique en trouvant un « vrai boulot » (comme disent les honnêtes gens). En vérité tout le début de sa carrière sera placé sous le signe du doute, apparaissant dans des séries télé ou des films d'horreur pour tenter de percer. Jusqu'à la sortie et le triomphe de
Mulholland drive, Watts sera toujours à la limite de tout plaquer, à force de manger son pain noir. A Hollywood, elle tente sa chance sans cesse avec passion (dans
Tank Girl, par exemple) et ne parvient pas à trouver le « Deus ex machina » qui la confirmerait dans sa vocation. Il arriverait in extremis et se nommerait
David Lynch.
Mulholland drive a entraîné bien des gloses et des interprétations, pour tenter de le décrypter, de le rationaliser, chacun y allant de sa petite théorie plus où moins tirée par les cheveux pour appréhender l'objet non identifié. Il est pourtant assez délicieux de se laisser simplement embarquer dans ce trip onirique, ce jeu avec la perception et les illusions cinématographiques et laisser de côté l'analyse et l'esprit cartésien, comme devant une peinture abstraite. On se demande ce qui est réel, ce qui ne l'est pas, on est dans des temporalités et des contextes différents, une ambiance irréelle et fantasmatique constante, absurde même par moments. Dès que l'on croit à la réalité d'une scène ou d'une situation, elle nous échappe (comme cette séquence noctambule où une femme chante une chanson poignante et s'effondre alors que le play-back continue).