
AU BOUT DE LA NUIT
Un film de David Ayer
Avec Keanu Reeves, Forest Whitaker, Hugh Laurie
Durée : 1h45
Date de sortie : 25 juin 2008
Tom Ludlow est l'un des policiers les plus efficaces de Los Angeles grâce à des méthodes douteuses, couvertes par son supérieur, le Capitaine Wander. Mais lorsqu'il se retrouve impliqué dans le meurtre de son ancien collègue, Ludlow va devoir faire face à tout un système corrompu...

Le cinéma américain n'a jamais eu de cesse de dépeindre les mécanismes pas toujours glorieux des forces de l'ordre. De Serpico à Training Day en passant par Magnum Force ou bien encore L.A. Confidential, la corruption de la police est au coeur du polar américain. David Ayer s'en est d'ailleurs fait une spécialité, lui qui a grandi dans un des ghettos de Los Angeles avant de s'engager dans l'armée puis de devenir scénariste. Au Bout de la Nuit s'inscrit parfaitement dans la continuité de son travail et des autres films du genre. Ici on suit Keanu Reeves, flic de choc de la brigade de l'Ad Vice, alcoolique, raciste et adepte du flinguage frénétique. Son personnage tient d'ailleurs plus du tueur à gage commandité par son supérieur, Forest Whitaker qui nous livre un cabotinage dantesque et jouissif en Capitaine corrompu jusqu'à la moelle. Le réalisateur et James Ellroy livrent ce qu'ils savent faire de mieux : un univers très noir, fuyant le manichéisme et les archétypes traditionnels du film d'action, montrant des flics qui ne savent plus vraiment de quel côté de la barrière ils se trouvent. D'ailleurs, on reconnaît bien la patte de l'écrivain, dans les rapports qu'entretient Keanu Reeves avec Diskant, jeune flic aux dents longues, interprété par un Chris Evans impeccable et qui nous fait oublier après Sunshine qu'il a aussi participé aux Quatre Fantastiques. Les deux acteurs forment un duo de flics de deux services différents contrains de travailler ensemble pour arriver à leur fin. Un duo qui rappelle férocement celui de L.A. Confidential.
Mais malheureusement, bien que le film mette toutes les chances de son côté, Au Bout de la Nuit ne parvient pas à atteindre pleinement ses objectifs. Même si David Ayer fait un travail vraiment efficace derrière la caméra, avec des scènes d'action énergiques, épaulé par un superbe travail à la photographie, on a le sentiment que le film arrive un peu trop tard, et exploite un filon largement utilisé. Training Day, mais surtout The Shield à la télévision, sont passés par là. Difficile de s'en prendre à quelqu'un comme James Ellroy, mais pourtant le scénario du film semble fuir certains clichés du polar classique pour tomber dans d'autres tout aussi usités. La noirceur et la violence du métrage ne retranscrivent pas un sentiment de chaos qui aurait servi le propos du réalisateur, mais semblent avant tout particulièrement formatées. On a l'impression que le réalisateur et son scénariste ont construit le film autour d'un cahier des charges du polar trash, et empilent les séquences déjà vues des dizaines de fois. En incombe peut-être au réalisateur ou aux comédiens, mais ce qui passait bien dans The Shield échoue ici : le flic alcoolo qui s'endort habillé, et insulte toutes les « minorités » du ghetto, descente musclée chez les dealers/trafiquant d'armes/pédophiles, poursuites à pied d'un latino à travers le hood, braquage d'une épicerie... Il ne manque qu'un petit drive by et l'on aurait eu la totale. Un manque d'originalité qui diminue la portée et l'impact de ces séquences. Non pas que ces clichés soient foncièrement exaspérants ou ennuyeux, d'ailleurs le film reste divertissant de bout en bout en dépit du peu de surprises de la résolution, mais ils trahissent un manque d'originalité d'un genre qui se voulait à la base comme une rupture avec la vision traditionaliste du film policier.

De même si tous les acteurs se régalent et en font des tonnes dans leurs rôles outranciers, Keanu Reeves avec ses deux expressions faciales peine à rivaliser avec un Denzel Washington par exemple qui écopait d'un rôle similaire dans Training Day. Dommage car l'acteur porte le film sur ses épaules et reste présent à l'image du début jusqu'à la fin. Mais malgré tous ses défauts et ses clichés, Au Bout de la Nuit reste un polar convaincant à défaut d'être révolutionnaire, et parvient à nous divertir grâce à la réalisation nerveuse de David Ayer.
Stanislas Bernard







































