

LA SOLEDAD
Un film de Jaime Rosales
Avec Sonia Almarcha, Petra Martinez, Miriam Correa, Nuria Mencia, Maria Bazan, Jesus Cracio
Durée : 2h15
Date de sortie : 11 juin 2008
Après les films d'horreur espagnols sortis il y a peu, la cinématographie ibérique continue de briller avec ce nouveau film de Jaime Rosales déjà auteur du film Les heures du jour récompensé par le prix Fipresci à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2003. Son nouveau long-métrage, La Soledad (la solitude en français) a été récompensé des trois Goyas d'or, équivalent des César, pour le meilleur film, le meilleur réalisateur et la meilleure révélation masculine pour José Luis Torrijo qui incarne Pedro, l'ancien compagnon d'Adela. Cette réussite est tout à fait justifiée aux égards de la sensibilité, de la justesse et de la rigueur dont fait preuve le réalisateur. Un regard à la fois attendri et distancié, profond et intime. Jaime Rosales suit ses deux personnages avec patience et délicatesse sans tomber dans le voyeurisme ni la tragédie. Dénué de musique, le film suit le cours quotidien de deux femmes modernes, l'une plus jeune qui a besoin d'indépendance et de challenge, la seconde, plus âgée et dont les évènements essentiels de sa vie sont derrière elle. Pourtant pour ces deux femmes, un même désir d'amour, de reconnaissance et d'affirmation.

Antonia se sacrifie pour ses filles mais n'en recueille aucun fruit, les luttes fraternelles s'amplifiant à mesure que les projets immobiliers de l'aînée ne s'immisce dans leurs rapports. Adela au contraire veut s'éloigner de son ancien compagnon et père de son enfant. Une volonté de repartir à zéro pendant qu'elle s'en sent encore capable. Jaime Rosales ne cultive pas le pathos, ne noue pas d'interminables intrigues ni ne déploie des trésors spectaculaires pour capter l'attention du spectateur. Bien au contraire la force tranquille de sa mise en scène vise à l'honnêteté de son regard. Seul dispositif rarement exploité au cinéma, celui du split screen. Mais là le réalisateur s'éloigne à tout prix des tours de force que peuvent suggérer des cinéastes tels que Brian De Palma ou Guy Ritchie. Loin de l'effet stylistique ou narratif, l'écran panoptique est ici avant tout un moyen d'éloigner les personnages les uns des autres, un procédé qui s'immisce tout en discrétion. Jaime Rosales explore les axes et les angles de prise de vue pour imposer des espaces blancs, des angles morts et des ruptures de repères pour nier les volumes d'un lieux.

Les discussion de groupe aussi bien que les scènes à un seul personnage font ainsi l'objet d'une réinterprétation par le cadre et la séparation. Cuisine, couloir, chambre, salle à manger, ce sont toutes les pièces à vivre, des espaces intimes, qui sont destructurés par le procédé. Mais Jaime n'en abuse pas et laisse la possibilité à ses personnages de se rencontrer, de se toucher, de cohabiter. Peu de scènes d'extérieur en attestent, ce film est une oeuvre de l'intérieur. Que ce soit la douleur d'Adela après l'attentat, une douleur à la fois visible (ses blessures) et psychique (son mutisme, son regard vide), ou celle plus insidieuse d'Antonia qui ne peut arbitrer les conflits de ses filles, les deux femmes renferment en leur for, quantité de sentiments non exprimés, non extériorisés. Ce fardeau, chacun en connaît les symptômes et les effets, nous y sommes à des degrés divers tous confrontés à un moment de notre vie. La vie de famille comme la vie professionnelle ne nous coupe jamais complètement d'un sentiment de solitude que l'on ressent aux moments difficiles de nos vies, car devant les obstacles et les peines, la nature humaine n'a que peu de solutions sinon faire face par soi-même. L'une des scènes les plus graves du film est celle où Adela, après l'attentat décide de parler à Pedro. Si elle avoue que les forces lui manque pour se confier, son compagnon au contraire vît dan cet échange une expérience salutaire et réconfortante. Nous ne sommes pas égaux devant les affres de la vie, chacun réagit à sa manière, avec ses armes et sa volonté. Jaime Rosales réalise ici un portrait sensible où la forme austère de la mise en scène n'en découpe que mieux chaque personnage et chaque ressenti, captant des moments à priori insignifiants mais qui peu à peu construisent une vie entière.
David A.



































