
"Repo Man, construit comme une bombe à retardement, un peu comme si une révélation apocalyptique allait nous exploser à la tronche en bout de parcours, est le porte-parole de tout cette génération X, en lutte contre un système inacceptable."

Généralement, les cinéphiles ont la vilaine manie de résumer Alex Cox à l'auteur génial de Sid and Nancy, authentique succès commercial, plongée dans l'univers violent de Sid Vicious, bassiste des Sex Pistols et Nancy Spungen. On oublie trop souvent qu'il est aussi le responsable d'une merveille : Repo Man, sans doute possible son meilleur film à ce jour. Parangon d'un cinéma punk non avare en digressions surréalistes, cet objet bizarre ne ressemble à rien de connu : il propose un mélange exquis de comédie absurde, de peinture sociale désenchantée et d'écarts métaphysiques qui provoque chez celui qui le reluque une foule d'émotions indescriptibles allant de la joie à la perplexe, de la tristesse viscérale à la douce mélancolie. Son seul équivalent dans le cinéma actuel, c'est certainement Southland Tales, de Richard Kelly, phénomène de cinéma barré avec lequel on vous bassine depuis maintenant deux ans mais qui mérite tellement que vous le découvriez. Les propositions de cinéma, originales et audacieuses, étant de plus en plus rares. Kelly ne se prive d'ailleurs pas pour rendre hommage à Repo Man en empruntant littéralement des éléments clefs ou en s'inscrivant dans cette même mouvance de légèreté acidulée, avec le souvenir - lointain mais persistant - d'une nostalgie clinquante pour une époque pas si dorée, doucereusement anxieuse. Ne pas croire cependant que la préparation de Repo Man se soit déroulée dans une ambiance cordiale et désinvolte. Si le film a rapidement connu un statut pas immérité de film culte, il a manifestement connu de fâcheux problèmes avec le producteur, pas trop satisfait du résultat en avance sur le temps, qui a essayé de censurer les passages trop acerbes concernant la sacro-sainte American Way of Life. Surtout sous Reagan. Sous sa surface légère et bubble-gum très eighties, se cache un discours viscéral, ensanglanté, dont le nihilisme semble hérité d'un certain Sam Peckinpah. Le cinéma américain subversif n'est donc pas mort.

Sur fond de peur de guerre nucléaire (obsession de Alex Cox, jamais ouvertement clamée dans le récit), l'histoire s'articule autour de Otto, un jeune punk (Emilio Estevez, juste génial avant de céder aux sirènes du «brat pack» et des comédies inoffensives) qui aime à tout casser sur son passage et se consume dans un quartier paumé de Los Angeles. Pour ainsi dire, il rythme sa vie entre les journées de boulot tannantes dans un supermarché où les emballages de produits de consommation font flipper et les nuits folles à pogoter avec ses potes Duke (Dick Rude, acteur fétiche de Cox) et Debbi (Jennifer Balgobin), tous deux punk jusqu'au bout des doigts. Rares moments exaltants d'une existence morne. Problème : il est fissa viré de son boulot. Re-problème: ses vieux, anciens hippies baba cool qui ont mal tourné et quelque peu oubliés leurs idéaux de l'époque vernis de Woodstock, refilent l'argent des études de leur fiston à un prédicateur charlatan (pléonasme). A partir de là, plus rien ne sera comme avant et le film prend des détours plus alambiqués et non moins séduisants: l'ami Otto, en pleine désoeuvrement, croise des individus bizarres comme Bud (Harry Dean Stanton, sortant d'un rêve bizarre de Wim Wenders entre Paris et Texas), adepte de philosophie zen, qui collectionne les bagnoles dont personne ne veut et lui donne envie de devenir un «Repo Man» pour un garagiste fou (Tracey Walter, acteur repéré chez Jonathan Demme). Dans leurs pérégrinations, ils s'attachent à une étrange voiture, celle d'un scientifique sorti de nulle part (Fox Harris) et dont le coffre renfermerait soi-disant une entité extra-terrestre. Et si le fantastique contaminait un peu toute cette grisaille existentielle ?
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