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CINE : NOUVELLE DONNE

CINE : NOUVELLE DONNE

Tout sur NOUVELLE DONNE - Le 2008-05-02 14:05:29


    Erik et Phillip sont deux potes d'enfance que rien ne peut séparer. Ils ont une ambition commune : devenir écrivain. Au moment d'envoyer leurs manuscrits respectifs, deux trajectoires se dessinent : le roman d'Erik suscite l'indifférence, celui de Phillip déchaîne les passions nationales. Six mois plus tard, on retrouve le jeune écrivain patraque, interné à l'hôpital psychiatrique. Entre souvenirs nostalgiques et angoisses du lendemain, le cinéaste Joachim Trier scrute le malaise adolescent, relate le parcours d'une amitié a priori fusionnelle et dissèque le pourquoi du comment en s'attachant à deux personnages sensibles de partout. Objet mineur, certes, mais riche en promesses.

NOUVELLE DONNE
Un film de Joachim Trier
Avec Espen Klouman Høiner, Anders Danielsen Lie, Viktoria Winge
Durée : 1h43
Date de sortie : 11 juin 2008

nouvelle donne

Nouvelle Donne permet de découvrir Joachim Trier, un jeune cinéaste Norvégien prometteur qui a visiblement envie de proposer un film sur la post-adolescence (registre casse-gueule par excellence) en instaurant à la fois une vraie proximité (volonté évidente d'identification avec le passé ado du spectateur) et une paradoxale distance (impossible de mettre des mots sur des meurtrissures viscérales). S'il n'évite pas quelques lieux communs dommageables - qu'il ingurgite pour mieux tordre -, l'artiste venu du froid réussit pourtant à capter plus d'une fois l'oeil et l'esprit et organise un maelström aussi chaotique que séduisant qui doit beaucoup aux personnalités torturées de ses deux caractères principaux rongés par une rivalité sous-jacente, l'autodestruction maquisarde et, surtout, un mal-être indicible qui pourrait se traduire par l'incapacité d'être heureux - ou d'avoir l'air aussi cool que les autres. Ainsi, l'ensemble respecte une construction parcellaire et repose essentiellement sur des impressions fugaces, des moments de vécu plus ou moins glorieux, des tubes de petits clous qui rythment une existence (en l'occurrence, des concerts singeant la mode punk et des tubes de Joy Division et New Order).

nouvelle donne

Le premier mérite de Joachim Trier consiste à ne pas avoir peur de traiter avec frivolité de sujets ô combien douloureux que d'autres réalisateurs plus scolaires et moins audacieux auraient certainement traité avec plus de solennité. Lui confesse dès les premières images (surprenantes) une aversion pour tout ce qui peut ressembler aux conventions narratives et privilégie les dérives mentales, les ruptures brusques, les ellipses dérangeantes, les zones d'ombre, les faiblesses psychologiques. C'est la qualité et la limite de Nouvelle donne. En maniant cet art du décalage futé, Trier mélange des tonnes de sentiments diffus pour appuyer cette mélancolie du temps qui passe. Afin de retranscrire le tohu-bohu mental, il brouille sciemment les nappes temporelles (passé, présent et fantasmes se mélangent pour ne répondre à aucune dialectique). Son univers se révèle extrêmement cohérent avec la tranche d'âge qu'il prétend dépeindre (la post-adolescence) sans jamais s'abîmer dans une surenchère potache en vogue. Dans sa peinture d'un groupe de mecs composé d'identités distinctes, les personnalités en apparence plus superficielles sont relayées au second plan et ceux qui ont du vague à l'âme sont mis en avant. Chacun reste cependant croqué avec le même regard tendre, sans jugement. Un traitement qui permet d'échapper aux sinistres stéréotypes. En ce qui concerne la forme, Trier utilise des procédés littéraires et confère une vague - mais indistincte - impression de litanie quotidienne, de redondance existentielle.

nouvelle donne

Entre le ton imprécateur, l'omniprésence de la voix-off et la volonté de déconstruire la narration, le spectateur peut mettre un certain temps d'adaptation voire même de décrocher face aux sûres intentions. Mais ce qui retient l'attention, au-delà des facéties et des afféteries (face auxquelles on a le droit de rester insensible), c'est l'atmosphère neurasthénique, durablement installée autour de ses personnages. Le rythme tantôt enthousiaste tantôt émollient permet d'empiler des détails plus ou moins insignifiants afin qu'anodin rime avec essentiel. Sans équivoque, le film rend hommage à la Nouvelle Vague. Les ombres tutélaires de Godard et de Truffaut planent ostensiblement sur le récit. Des séquences ouvertement référentielles (utilisation de la musique du Mépris dans l'introduction quasi-parodique, fascination pour la ville de Paris) trahissent des influences revendiquées. A ce titre, les parenthèses Parisiennes où le dépressif Phillip roucoule d'amour avec sa petite amie ressemblent à des cartes postales et semblent aussi naïves que les illusions amoureuses des deux amoureux solitaires. Cette innocuité est heureusement tempérée par l'humour, contrepoint apporté par les personnages secondaires, et des touches de cruauté bienvenues (on ne plaisante jamais avec les instincts mortifères ni même les coups de blues). Bref, malgré les maladresses inhérentes aux premiers longs métrages et un léger manque de substance compensé par l'énergie, ce petit film qui renseigne sur les états d'âme d'une certaine jeunesse Norvégienne tient la route grâce à une brochette de jeunes inconnus qui gagnent à ne plus l'être et surtout une vraie acuité dans les errances psy de ces deux protagonistes affligés par des sentiments que tout le monde a connu. Et préfère taire.

Romain Le Vern



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