
LES HOMMES
Un film de Ariane Michel
Durée : 1h35
Date de sortie : 11 juin 2008

Le documentaire commence comme un film fantastique : au-delà des brumes insondables, apparaissent dans le lointain informe des icebergs, présences flottantes, énigmatiques. Le spectateur s'enfonce alors vers l'inconnu d'une terre inhabitée. Véritable poésie romantique, le film d'Ariane Michel relègue le regard humain en-deçà de la toute puissance de la nature. L'humain est ici un autre, un étranger. Le morse, l'ours polaire ou encore le boeuf musqué semblent au contraire familiers. La glace et le roc imprègnent au film un statisme à l'opposé des turpitudes du monde humain contemporain. Tout ici n'est qu'immobilité, figé dans un temps géologique que l'homme, dans le déferlement de sa courte vie, ne peut véritablement se représenter.
Sur cette île de nulle part, aux confins du monde connu, des traces néanmoins parlent. Des hommes ont habité là, il y a très longtemps. Si longtemps que même la faune et la flore locales l'ont oublié. Dans les mains des géologues, dans les relevés des archéologues, des indices révèlent des vérités enfouies dans la nuit des temps, cette nuit obscure d'où l'homme moderne a émergé. Car l'homme, ici, est bien le sujet de l'analyse, la bête à étudier. Par une subtile mise en scène qui permet aux paysages, aux créatures, aux plantes, en un mot la nature de s'exprimer, la silhouette humaine, tout d'abord éloignée, floue puis se précisant, ses gestes, ses mouvements et ses paroles sont peu à peu disséqués.

L'homme comme objet d'étude pour révéler d'autant mieux combien son environnement lui est premier, antérieur. En quelque sorte Ariane Michel place ses cobayes au coeur de la matrice originelle, l'homme dénudé de sa modernité (dans un premier temps) pour comprendre le lien indéfectible qui le relie à la terre nourricière. Tout en délicatesse, elle redonne enfin à son sujet la place qu'il a acquise au cours de milliers d'années d'évolution, une place qui le distingue, qui le rend unique. L'homme, en effet, est le seul être qui met tout en oeuvre pour comprendre l'univers qui l'a vu naître, ou comment la recherche de la secrète création emmène l'homme dans les contrées les plus inconnues, les plus inaccessibles, les plus inhospitalières, au-delà de la peur de la non-connaissance, de l'ignorance. L'homme brave sa nature fragile pour comprendre d'où il vient, où il vit et où il va.
David A.
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