
BAD TASTE
Pays de production : Nouvelle-Zélande
Année de sortie au cinéma : 1987
Un film de Peter Jackson
Société de production : WingNut Films
Avec Peter Jackson, Terry Potter, Pete O'Herne, Craig Smith, Mike Minett, Doug Wren...


Dans une bourgade de Nouvelle-Zélande, les rues sont vides en pleine journée. Tout commence par un appel au secours lancé à une bande de « cowboys du dimanche ». Se précipitant à leur aide, trois types armés débarquent en voiture. Derek (Peter Jackson) les attend déjà, surplombant le village pour éclairer ses camarades de la venue d'étrangers. Pour une venue d'étrangers, c'en est une belle. Jackson fait des monstres de son film des extra-terrestres changeants, pouvant passer d'une allure humaine à une apparence grotesque. Tout Bad Taste trouve son terrain sur la lutte sanguinolente entre la bande de baroudeurs venus à la rescousse de l'ultime survivant et les extra-terrestres débarqués pour bouffer du terrien. Il est souvent inutile de poser une lecture interprétative sur ce genre de film. Pourquoi gâcher le simple plaisir du guignolesque couvert d'hémoglobine pour voir dans les extra-terrestres fans de chair humaine l'incarnation d'une invasion de la malnutrition ?


Le premier long-métrage de Jackson, après l'essai naïf de The Valley (1976), même s'il cultive le mauvais goût, comme l'indique son titre, n'est pas exempt d'une certaine maîtrise du montage. Jackson prend même un plaisir à se décupler en incarnant à la fois Derek qui enfonce un clou dans le pied d'un extra-terrestre et ce même extra-terrestre. L'illusion ne procède évidemment que par un jeu savant du montage. Le film est construit sur un apprentissage, par le jeu de massacre. Jackson fait l'expérience du 7ème art par le bais du cinéma bis. Ce cinéma bis s'applique par une science du mauvais goût. Entre un homme forcé de remplir sa boîte crânienne d'intestin d'extra-terrestre pour ne plus être convulsé, un espion humain forcé de boire du vomi verdâtre pour ne pas être repéré, un extra-terrestre affublé d'un marteau incrusté sur le crâne, etc... Les amoureux du gore désopilant y trouveront leur plaisir. Mais personne n'a attendu ce conseil pour faire de Bad Taste un film culte pour les aficionados du cinéma de série B (Z ?). Plus encore que Bad Taste, Jackson a réalisé pour les inconditionnels du nanar Braindead (1992), dont l'absence en DVD reste à déplorer.


Du point de vue de la mise en scène, Jackson fait montre déjà d'une certaine maîtrise. L'épilepsie des plans, leur courte durée accentuent la chaude hystérie du film. Par une parcimonie de plans d'ensemble, par une profusion de plans tailles ou de gros plans et par un éclairage obscur, Jackson adopte la mise en scène type pour faire un film d'horreur. Et pourtant rien n'est effrayant dans ce film, tout prête à rire. C'est un rire graveleux, de dégoût parfois mais aussi de plaisir. Il faut être sensible au cinéma à gros trait pour aimer la vulgarité du film. Et les accords hard-rock de guitare électrique participent à la démence de l'objet. La jaquette du DVD édité par Columbia Tristar résume l'esprit de l'oeuvre : un hideux extra-terrestre au visage semblable à un pénis, une mitrailleuse kalachnikov à la main pendant que de l'autre, il nous adresse un élégant doigt d'honneur.
Flavien Poncet
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LA DVDTHEQUE IDEALE : BAD TASTE






























