
Kevin Dutot 7
A CASA DE ALICE
Un film de Chico Teixeira
Avec Carla Ribas, Vinicius Zinn, Ricardo Vilaça, Felipe Massuia, Berta Zemel Dona
Durée : 1h32
Date de sortie : 04 Juin 2008

Alice, la quarantaine, vit dans un petit appartement d'une banlieue ouvrière de São Paolo avec sa mère, son mari et ses trois fils. Son mariage bat de l'aile, sa mère perd la vue et ses fils sont indifférents à son sort. Son travail comme manucure loin de l'univers si masculin de son foyer, lui fait rencontrer des femmes plus riches qu'elle, qui lui semblent plus enviables...
Il est toujours diffile de traçer un portrait de femme au cinéma sans pour autant tomber dans les clichés, complexe de rendre compte des sentiments d'une épouse délaissée, mère de trois fils ingrats et fille d'une mère perdant la vue. Avec autant de mauvais points, facile de plonger dans un récit pathétique et souffreteux où les personnages s'embarquent dans un tourbillon de douleur pénible pour le spectateur. Mais le cinéaste, bien heureusement, prend une direction différente, plus objective, un chemin où les émotions naissent doucement, à force d'observation. Cet ancien réalisateur de documentaires parvient constamment à cerner le bon angle et à définir un cadre idéal pour chaque situation et révélation. Son récit se révèle peu à peu, laissant toujours une place à chacun des personnages gravitant autour de la figure maternelle.
D'une belle délicatesse, Teixeira construit son film et la sensibilité de ses personnages en opposition à la vie parfois compliquée qu'ils vivent à l'extérieur de leur habitat. Tous s'occupent, d'une manière ou d'une autre, d'un être qu'ils aiment par dessus tout et c'est avec un regard, une caresse, un coup de main et quelques rares échanges parlés que les protagonistes parviennent à acquérir une forte densité. D'autant que le réalisateur prend le parti-pris de ne jamais montrer ce qui se passe en dehors de la maison d'Alice... Sorte de huis-clos invisible néanmoins chamboulé par le choix de montrer les activités de la mère en dehors de son habitat. Ainsi, les émotions sont amplifiées et les non-dits prennent tout leurs sens lorsque toute la petite famille se réunit.

Mais cette famille, qui tend peu à peu à se détruire et se déformer, est maintenue en forme par la présence de cette extraordinaire grand-mère, sorte de pilier du film et de l'existence de chacun. Son aveuglement progressif, symbolisant sa volonté de ne pas voir le désastre qui se profile, la saleté qu'elle voit quotidiennement lorsqu'elle fait le ménage et les secrets de ceux qui l'entourent, reste cependant le seul véritable point de vue subjectif sur cette famille. Elle découvre l'adultère du mari, les amourettes du cadet ou la prostitution de l'aîné mais garde tout pour elle. Tel un ange gardien nettoyant les péchés de ses fidèles, elle repousse l'échéance et son départ imminent en maison de retraite. Elle ne souhaite pas révéler ses faiblesses, ni celles des autres, de peur de se retrouver seule. Car c'est bien de solitude dont il s'agit... Dans cette maison habitée par six personnes, hommes et femmes se sentent seuls et abandonnés et tentent, par tous les moyens, de se raccrocher à quelques petits signes d'affection. Le moindre petit signe. Porté par un casting fort et habité, cette Casa de Alice bouleverse par petites doses et nous touche profondément. Un très beau premier film à ne pas rater.
Kevin Dutot
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