

Takashi Shimizu est un cinéaste attachant. Attachant car malin. Non content d'avoir trompé tout le monde en réalisant plusieurs fois le même film au Japon et aux Etats-Unis, la tête brûlée - qu'il serait si facile de taxer d'escroc - profite de ses périodes creuses pour expérimenter comme un fou furieux (souvenez-vous du très malsain Marebito, relecture de L'enfant sauvage avec Tsukamoto dans le rôle principal d'un vidéaste halluciné). Sauf que Réincarnation se situe à mi-chemin entre le pastiche ironique et l'objet expérimental. L'histoire? Il y a 35 ans, un massacre est commis dans un paisible hôtel de tourisme... Pris d'une crise de folie, un professeur d'université se livre à un véritable carnage, faisant 11 victimes parmi les clients et le personnel de l'hôtel et assassinant toute sa famille, tout en enregistrant ses meurtres à l'aide d'une caméra vidéo. Aujourd'hui, le réalisateur Matsumura s'apprête à porter ce fait-divers à l'écran sous le titre "Réminiscence". Il choisit la jeune actrice Nagisa Sugiura pour en tenir le rôle principal. Alors que le tournage approche, Nagisa est la proie de rêves atroces et d'hallucinations morbides. C'est alors que Matsumura annonce à son équipe son intention de tourner son film sur les lieux mêmes du massacre. Réincarnation, oeuvre hantée par des fantômes indistincts, cherche dans un premier temps à créer un climat de peur viscérale; et, dans un second, à fureter dans des zones généralement bafouées par le cinéma de genre (mise en abyme etc.).

Finalement, le film auquel on pense le plus en regardant Réincarnation reste INLAND EMPIRE, monstre méandreux dans lequel, pendant près de trois heures, David Lynch se frayait un tortueux chemin entre les madeleines Proustiennes du film-somme (beaucoup d'autocitations) et les expérimentations peau neuve en DV (quelques effets inédits). On regarde Réincarnation avec le même état de sidération qu'un happening Lynchien, en nous plaçant dans la position passive du spectateur avide d'expériences curieuses. En prenant comme personnage principal une jeune adolescente louche qui fantasme une vie d'actrice et confond dangereusement le réel et l'imaginaire, Shimizu parvient à emmener loin, très loin, dans les friches d'un scénario qui se laisse lui-même prendre par le vertige de sa jeune protagoniste. Si bien qu'à l'arrivée on se contrefout de savoir qui de la demoiselle ou du cinéaste se révèle le plus dangereux ou de faire la part entre ce qui relève de la réalité ou du rêve, du passé ou du présent, de la menace ou du bluff.
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