
Kevin Dutot 2
SAGAN
Un film de Diane Kurys
Avec Sylvie Testud, Lionel Abelanski, Pierre Palmade, Jeanne Balibar, Guillaume Gallienne...
Durée : 1h57
Date de sortie : 11 Juin 2008

« Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse". Françoise Quoirez a tout juste 18 ans quand elle écrit les premières lignes de Bonjour Tristesse, un roman dont le succès fulgurant suffira à lancer le mythe de « La Sagan ». Un mythe fait de formules brillantes, d'amours affranchies et de scandales tapageurs, derrière lesquels se cache une femme, que l'on qualifie d'anticonformiste pour ne pas la dire libre. Libre d'écrire, d'aimer, et de se détruire.
Françoise Sagan, auteur peu connue des nouvelles générations et décédée il y a quelques années revient sous le feu des projecteurs de manière assez inattendue avec ce film risqué sur les affres d'une star de la littérature dont le premier livre a notamment inspiré Otto Preminger pour un long-métrage. Sagan représente pour ses amateurs l'icône féministe des années 1950, devancière d'un mouvement plus ample à la fin des années 1960 et qui a toujours revendiqué une liberté de vivre, de penser et d'exister selon ses propres règles. Son indifférence au monde qui l'entoure, la vie facile et son oisiveté ont marqué l'intégralité de son oeuvre au fer rouge et en construisant son univers autour de ces leitmotivs, l'auteur s'est créé une image de femme anticonformiste, libre. Et ce ne fut pas toujours du goût de tout le monde.

Interprétée par Sylvie Testud, que l'on a connu plus leste dans son jeu, Sagan devient ici une caricature d'elle-même, engoncée dans une composition singeant voix et gestes. On ne voit jamais la romancière mais bien une actrice s'efforcant de devenir celle-ci et Testud, malgré toute sa bonne volonté, ne parvient jamais à insuffler la moindre crédibilité à son personnage. Un virus contracté par l'intégralité du casting, paresseux et perdu dans une trame dramatique aussi fine que mal amenée. Car si les comédiens cabotinent et semblent victimes d'une direction d'acteurs quasi inexistante, tâchons de reconnaître qu'évoluer au sein d'un scénario aussi convenu et triste ne donne pas des ailes. Kurys tombe ainsi dans tous les pièges de la biopic filmée et si les origines télévisuelles du projet peuvent excuser certains raccourcis, on s'étonne de voir un récit aussi linéaire où le vide esthétique n'à d'égal que le manque édifiant d'originalité dans la narration. On se rapproche dangereusement du néant cinématographique où les émotions se jouent en gros plan et sans détours et où le hors-champs n'existe pas. Tout est appuyé, frontal tout en restant d'une pudeur coupable.
Car Françoise Sagan, entourée d'hommes et de femmes aux déviances sexuelles assumées tout au long de sa vie, et ayant vécu dans de véritables auberges espagnoles avec amis, amants, maîtresses, est une femme libérée ! Poudrée jusqu'à l'overdose, alcoolique, pleine de dettes et magouilleuse des temps modernes (elle était au coeur de l'affaire Elf), la Sagan n'était pas une sainte et c'est pourtant avec un regard des plus candides que Kurys trace le portrait de cette femme. Ses problèmes de drogue sont traités avec la finesse d'un message du Ministère de la santé, ses magouilles avec la justice sont évincées, son alcoolisme dédramatisé et sa sexualité eventée. On reste à la surface des choses et à force de vouloir parler de libération sexuelle et morale en prenant des pincettes à chaque évocation d'ordre homosexuelle, le film devient tout simplement une gigantesque blague qui n'ose jamais montrer ce qu'il cherche à démontrer.

Derrière sa volonté de dessiner le visage des hommes et femmes libres du 20ème siècle, Kurys se révèle tout à fait inapte à faire naître la moindre émotion. Pire encore, elle est incapable de rendre hommage au personnage qui semble tant lui tenir à coeur en étouffant un bon nombre des aspects de sa vie. On se retrouve finalement avec une biopic dont la dimension littéraire indispensable est absente, où la sexualité prédominante reste au stade pré-pubère et où la liberté morale fait de brèves apparitions. Maladroit et terriblement ennuyeux, Sagan est tout simplement un téléfilm luxueux, raté et formaté très peu convaincant.
Kevin Dutot
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