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CINE : LA LEGENDE DE BAGGER VANCE

Tout sur LA LEGENDE DE BAGGER VANCE - La Critique - Le 2008-05-27 03:06:48


Avec ce sixième film en tant que réalisateur, Robert Redford continue d'explorer ses thèmes fétiches et de construire son oeuvre marginale au sein du système hollywoodien, hors du temps, des modes et des manières de faire de l'industrie actuelle, pour retrouver un classicisme merveilleusement suranné dont le charme est indéniable et le plaisir qu'il dispense essentiel.

LA LEGENDE DE BAGGER VANCE (The Legend of Bagger Vance)
Réalisateur : Robert Redford
Acteurs : Will Smith, Matt Damon, Charlize Theron, J. Michael Moncrief, Bruce McGill, Joel Gretsch, Lane Smith et Jack Lemon.
Durée : 2h07
Sortie le : 11 avril 2001

Un film aérien

Lorsqu'on lui proposa le roman éponyme de Steven Pressfield, le réalisateur de L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux y entrevit rapidement tout le potentiel cinématographique qui lui est cher : renouer avec une mythologie et une crédulité aujourd'hui pratiquement disparues de la société et du cinéma américains, explorer les rapports de l'homme au contact de son environnement (ici mi-naturel, mi-artificiel puisqu'il s'agit d'un terrain de golf) en composant de belles images et entretenir une spiritualité à travers une quête existentielle et une histoire d'amour.

Le lieu : Savannah, Georgie. L'époque : des années 10 aux années 30. L'histoire : traumatisé par l'horreur de la première Guerre mondiale, le jeune prodige du golf Rannulph Junuh (Matt Damon, épatant) ne veut se décider à retrouver la vie. Ses amis et admirateurs (dont le petit Harvey) ainsi que son ex-fiancée Adèle Invergordon (sublimissime Charlize Theron) sont pourtant prêts à l'y forcer en organisant un exceptionnel tournoi de Golf dans lequel Junuh défendrait les couleurs sudistes face aux deux plus grands champions de l'époque, Bobby Jones et Walter Hagen. Il accepte, mais se retrouve rapidement face à son problème : il ne parvient pas à retrouver son swing. Heureusement va débarquer un être mystérieux pour l'aider dans ce voyage intérieur : un caddie du nom de Bagger Vance (étonnant Will Smith en demi-teinte, qui trouve ici son meilleur rôle à ce jour).

Le cinéma américain de ces dernières années aime le sud et particulièrement Savannah, comme l'attestent les excellents Cookie's Fortune et Minuit dans le jardin du bien et du mal. Dans ce dernier, la ville devenait un personnage à part entière, admirablement bien filmé par Clint Eastwood qui avait su en retranscrire la vie, les couleurs, les odeurs et le caractère. Dans le film de Redford, on ne la voit pratiquement pas, elle est juste un repère pour l'histoire et les personnages, et ce sont ses habitants avec leur accent et leurs coutumes qui la représente le plus à l'écran. Et ce monde existe progressivement par petites touches successives à la manière des impressionnistes : le réalisateur ne fait rien qu'à en capter l'ambiance qui se dégage au loin, en retrait, parfois presque en hors champ. Comme pour mieux coller à la réalité de Junuh, lui qui vit en retrait de ce monde. Le film adopte ainsi son point de vue : paradoxalement, lui qui est hors de l'existence, est filmé comme un vivant, les autres (la ville et Bagger Vance) comme des morts : ils ne sont pour lui que des fantômes du passé, des apparitions d'un tout autre monde, d'une tout autre dimension, auxquels il n'appartient plus. Il faut voir cette magnifique scène dans laquelle Charlize Theron pénètre dans la demeure de Junuh tel un spectre, un coup de vent qui balaye les rideaux de la fenêtre ouverte.

Enfermé dans sa tour d'ivoire, Junuh n'a pas survécu à sa perte d'innocence (l'Amérique non plus d'ailleurs). Il va devoir sortir de son exil afin de retrouver l'équilibre, la sérénité, la paix intérieure et le goût de la vie. Lieu de cette guérison et de cette rédemption : un terrain de golf, l'entre-deux monde du film, cadre qui prend la place et l'importance de la ville. Profondément chiant à la télévision, le golf est pourtant un sport éminemment cinématographique et cinégénique : un sport aérien fait d'élégance, de légèreté et de grâce touchant parfois au divin qui, plus qu'une métaphore sur la vie, devient ici sous nos yeux le centre de celle-ci, un lieu de transcendance et d'harmonie vers lequel convergent tout l'univers.

A dire comme ça, cela paraît un peu lourd, fortement éculé et rempli de clichés. Mais c'est mal connaître le cinéma de Redford que de penser cela. Bien au contraire, celui-ci adopte une mise en scène au diapason de son sujet, légère et aérienne, travaille les clichés de l'intérieur pour mieux les contaminer, pour mieux en pervertir les figures imposées. Finalement, au cinéma comme dans la vie, tout est cliché, ou plus exactement, est susceptible de le devenir : tout dépend de l'utilisation que l'on en fait.

Il n'y a qu'à voir la manière dont se clos La Légende de Bagger Vance pour se persuader de sa grande beauté, à revers de tous les lieux communs : Bagger Vance s'éloigne sur une plage, au soleil couchant, puis exécute un bref et léger petit pas de danse au moment de la victoire, laissée ainsi hors champ dans un lointain rougeoyant.

Renaud Moran

  

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wrastaman excellent -    15 oct
MMmmh ce film -    07 mai
 


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