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FILMS VUS LE PLUS SOUVENT DANS NOTRE VIE

FILMS VUS LE PLUS SOUVENT DANS NOTRE VIE

Tout sur HIGHLANDER - Photos - Le 2008-05-07 10:03:15


Une question, toute simple, toute bête : quels sont les films les plus souvent vus dans votre vie de cinéphile et cinéphage à l'heure actuelle ? Un exercice apparemment anodin mais qui révèle une part de vérité sur les goûts de chacun et l'univers cinématographique dans lequel on a grandi. Quelques uns de nos rédacteurs se sont ainsi prêtés au jeu.


LE PARRAIN
« I believe in America. America has made my fortune and I raised my daughter in the american fashion... ». Quand vous commencez par débiter avec délice et bien synchro, les dialogues d'un film en V.O tel Vincent Gallo dans Arizona dream, et que vos proches vous regardent avec des yeux ronds (surtout pendant les parties italiennes alors que vous ne parlez officiellement pas la langue), ça doit être ça le signe que vous avez vraiment abusé d'un film au delà du raisonnable. Enfin non, de trois. Mais pour citer Tom Hanks, pris d'un accès de lucidité dans Vous avez un message, « l'essence de toute vérité est dans le Parrain ».
Donc cette oeuvre est ultime pour moi. Elle a valeur de film politique, de chef d'oeuvre sur la filiation, de peinture définitive des relations entre frères (faites d'amour et de rivalité), de grand opéra sur la rédemption impossible... Elle réunit tout ce qui m'émeut: la scène dans le jardin entre Don Corleone et Michael, si pudique et si juste, qui dit toutes les ambitions d'un père pour son fils. Le visage de Brando tordu de douleur à la mort Sonny, la voix brisée de Duvall me serrent la gorge. La beauté classique du flash back sur la jeunesse de Vito me sidère toujours autant. La froideur de Pacino, son regard mort après avoir ordonné la mort de son frère me glacent le sang. Enfin, il y a ce final, trop démonstratif au goût de certains mais qui m'emporte à chaque fois: le cri muet du vieil homme sur le corps de sa fille, l'infamie d'avoir à survivre aux siens sans avoir trouvé le salut, la respectabilité que son père et lui-même ont cherché toute leur vie.
A une époque pas si lointaine, je regardais religieusement la trilogie chaque mois, avec l'émerveillement de trouver mon émotion intacte devant cette fresque, même renforcée parfois. Et puis retrouver régulièrement Coppola, Brando, Pacino, De Niro et les autres avec des thèmes qui tutoient l'éternité tant ils ressemblent à ceux des tragédies grecques, c'est tout simplement inestimable.


MANHATTAN
Depuis longtemps, un rituel étrange et inexplicable s'est imposé à moi. A chaque nouvelle année, le soir du réveillon, malgré un état souvent approximatif, je revois Manhattan (ou Annie Hall pour être honnête). Alors New York apparaît en Noir et Blanc, avec la musique de Gershwin, et on retrouve Woody Allen, comme un vieil ami. Il est en crise: son ex-femme lesbienne (Meryl Streep) écrit un livre sur leur mariage, il est amoureux d'une très jeune fille (Mariel Hemingway) et tombe sous le charme d'une insupportable snob névrosée (Diane Keaton). Sa vie est un bordel innommable et ça s'aggrave au fil du film, le héros étant gravement incohérent et ne sachant pas précisément ce qu'il veut.
Alors pourquoi y puiser régulièrement pareil réconfort? Les dialogues d'abord, brillants, faisant toujours mouche, plein d'esprit, d'ironie et de légèreté. Le personnage, attachant, auquel on s'identifie, dans son manque d'assurance, cherchant toujours le bonheur ailleurs même s'il l'a sous le nez, inquiet pour des tas de petits riens qui lui provoqueront des ulcères à coup sûr... Parce que New York a rarement été aussi belle... Parce qu'il est faillible, complexé, chauve, petit et binoclard (description qui me ressemble étrangement). Parce que cette fin où Woody parcoure la ville en courant est merveilleuse d'innocence, dans un film où on n'attendait pas ce romantisme presque au premier degré. Il tente de rattraper son grand amour in extremis, après avoir été à la dérive et y parvient presque.
Peut-être l'ai-je surtout revu pour ce sentiment diffus, qui envahit souvent à la fin d'un Woody Allen, comme de la reconnaissance. Il sait nous faire sourire de nos déceptions, de nos attentes souvent déçues, de nos contradictions, de nos doutes sur nous-mêmes et sur les autres, des bonnes résolutions que nous ne tenons jamais. Et ce cinéaste vous porte souvent secours aux heures sombres (à l'image d'un Capra ou d'un Lubitsch) comme s'il vous murmurait que tout ça n'était pas si terrible et que parfois, ça valait le coup d'essayer. Et c'est d'un bel optimisme, qui a un effet absolument revigorant et nécessaire pour s'attaquer à l'incertitude d'une nouvelle année...

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