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ECRIVAINS AU CINEMA : SYMBOLES ANTICONFORMISTES

ECRIVAINS AU CINEMA : SYMBOLES ANTICONFORMISTES

Tout sur SAGAN - La Critique - Photos - Le 2008-05-09 12:37:04


Les écrivains, leurs noms et leurs univers, ce qu'on projette sur eux a toujours inspiré le cinéma. On ne se résoudra jamais à imaginer la vie d'un illustre auteur, simplement assis à son bureau, remettant sans cesse en question son ouvrage sur le papier. La sortie en DVD de Jane et celle prochaine d'un biopic sur Sagan nous le confirment. C'est un monde qu'ils portent en eux. Il est souvent délicat de l'illustrer, de le mettre en images, de dissocier leur vie de leur oeuvre et surtout de suggérer leurs mots, les traduire en images alors qu'un livre est par essence un objet subjectif dont chaque lecteur aura sa vision propre. La figure de l'écrivain cristallise donc pas mal de fantasmes. On les approche souvent comme des symboles, des marginaux fantasques, qu'ils soient débauchés, suicidaires, souvent déprimés, farouches et parfois même gravement névrosés. Cet anormalité fondamentale constituera le terreau de belles fantaisies narratives, fantastiques ou oniriques, légères ou terrifiantes.


Du portrait classique à la structure narrative la plus baroque, l'homme de lettres est un motif majeur de l'histoire du cinéma, peut être parce qu'il est un défi, un mystère perpétuel sans cesse à résoudre. Car la vie d'un écrivain est à part. Il est celui qui observe et tente de traduire le monde. Il est le représentant de sa propre vision (fut-elle profonde ou absurde) et c'est cette subjectivité fondamentale qui fait de lui une figure absolument fascinante, toujours extraordinaire et toujours inattendue.

Portraits classiques

La littérature impose une forme souvent assez classique. Des films à costumes prestigieux qui n'ont parfois pas grand-chose à voir avec les êtres souvent atypiques et subversifs qu'ils se proposent de mettre en scène. Le paradoxe étant que des irrévérencieux magnifiques qui mettaient en cause toutes les conventions soient représentés dans un style respectueux et appliqué qui est leur parfaite négation. C'est le cas de Rimbaud-Verlaine (également intitulé « Totale eclipse ») de Agnieszka Holland qui retraçait la liaison orageuse des deux poètes et leur saison en enfer. DiCaprio, d'une grâce alors encore juvénile, épouse avec superbe la rébellion de son modèle. David Thewlis est quant à lui nettement plus irritant, campant un Verlaine pleurnichard et pathétique. Le problème est que l'on ne saisit rien de la révolution esthétique dont ces deux artistes furent les grandes figures, pas même leur portée contestataire (à peine effleurée lorsqu'on évoque leur engagement dans la Commune). Rimbaud est un garnement qui veut choquer le bourgeois et fuir la « bouche d'ombre » (ainsi qu'il surnommait sa mère) et son Charlestown (Charleville) détesté. Verlaine tombe amoureux de lui, de sa fougue, de son intransigeance. Le gros problème du film est qu'il n'évite aucun écueil et demeure en surface (on assiste aux ébats presque violents des deux amants). On ne retient rien ou presque de leur poésie, mais une suite d'anecdotes, un peu décousues jusqu'au fameux coup de feu de Verlaine sur Rimbaud à Bruxelles. Rimbaud reniera ensuite cette errance fulgurante (la qualifiant simplement de longue beuverie), Verlaine connaîtra la déchéance, la prison et l'alcoolisme total, vivant grâce à ses amis et admirateurs qui se cotisent pour l'aider à subsister. Rimbaud continuerait sa quête jusque dans le désert du Harar, à faire du trafic d'armes entre autres choses (ses projets ne rencontreraient jamais le succès), avant d'être contraint au retour par la gangrène, jusqu'à la mort de cet infatigable voyageur « aux semelles de vent » à Marseille. On aperçoit tout cela dans le film, mais c'est comme lointain et dépourvu de souffle, se concentrant davantage sur un sensationnel d'assez mauvais goût plutôt que sur ce que ces deux illustres insoumis ont pu représenter. C'est fort dommage car DiCaprio était un Rimbaud très convainquant. Mais à la lumière de son oeuvre et de sa correspondance fascinante, un grand film sur lui reste à faire.


On pourrait, à peu de choses près, adresser les mêmes reproches aux Enfants du siècle de Diane Kurys. En se concentrant sur la relation tourmentée entre George Sand et Alfred de Musset, ils deviennent des archétypes sans profondeur. Elle est la femme indépendante, combattante pour l'émancipation des femmes (« peuple soumis dans le mariage »), il est le débauché absolu et irrécupérable qui promène son cynisme dans tous les bordels de France et d'Italie, se livrant à tous les excès. Les personnages dans les films littéraires ou historiques ont souvent la fâcheuse tendance à être pris dans un carcan, condamnés à dire des citations au milieu de dialogues. Même si elles sont belles, elles rendent l'exercice artificiel et solennel. On est bien loin de la sobriété de Pialat évoquant Van Gogh. Mal défini, Musset devient assez vite le catalogue de tous les défauts et les vices imputés aux romantiques désoeuvrés de son temps. Il frôle même souvent le ridicule et l'emphase. Sand est plus sobre, mais elle aussi figée dans une image qu'on a d'elle, l'héroïne féministe et engagée. Le problème du portrait d'écrivains classiques est souvent la déférence que l'on éprouve pour eux. On se refuse à dépasser leur aura pour dépeindre leur intimité, même si alors la biographie serait alors totalement subjective, comme une lecture. Il ne s'agit pas de les exposer tels qu'ils furent, comme ils sont restés, mais tels qu'on les ressent. Comme un portrait de leur intimité, de ce qu'ils représentent pour celui qui les évoque. On sortirait alors d'une représentation figée et académique.

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