Jim Jarmusch est à l'honneur cette année... Sur tous les plans ! Actuellement en fin de tournage de son nouveau film
The Limits of Control, récompensé du Carosse d'or à la quinzaine des réalisateurs de Cannes et édité en DVD chez BAC films avec pas moins de quatre ressorties (néanmoins modestes en bonus), le cinéaste originaire de l'Ohio agé de 55 ans revient sur le devant de la scène trois ans après son succès surprise
Broken Flowers. Alors que nous attendons impatiemment de le rencontrer à Cannes d'ici quelques jours pour partager son cinéma, DVDrama vous propose de redécouvrir ses précédents ouvrages à travers huit textes sut le thème de la rencontre, cher à Jarmusch...
Stranger than Paradise (1984)
Il y a Eva, 16 ans, qui débarque d'Hongrie avec sa coupe à la Madonna et son accent mélodieux. Son grand cousin, Willie, installé depuis 10 ans dans un petit studio au pays de l'oncle Sam et le meilleur pote, Eddie, petit joueur de la vie autant gagnant que perdant. Eva débarque de l'avion, son magnétophone à la main, Screamin' Jay Hawkins s'étouffant sur I Put a spell on you... Elle avance au gré d'un sublime travelling. La rencontre des trois ne fait pas des étincelles, au contraire. Dans un quotidien morose, noir et blanc, cloisonné, le feu prend difficilement... Il s'agit donc de frotter les éléments pour créer une émulation. La rencontre n'est pas immédiate, elle est progressive et Willie apprend à aimer cette jeune cousine, poussé par Eddie, soucieux de distraire la demoiselle ! Et finalement, à confronter leurs trois solitudes, les protagonistes vont se reposer mutuellement les uns sur les autres, se faire confiance, s'aider afin que de leur rencontre naisse quelque chose de plus fort... une amitié. Afin de sceller ce sentiment et l'émotion qui a pu naître de ces trouvailles, ils décident de quitter leur région, si froide et si peu acceuillante, pour rejoindre la Floride où l'on imagine que la grisaille de Jarmusch se teinte de quelques touches discrètes de couleur. La plage, dont le sable blanc contraste peu avec la mer grise, semble néanmoins plus belle que les étendues de neige... Les personnages s'y promènent, la profondeur de champs laisse l'horizon exister et au sein de ce groupe naît alors une certaine solidarité dans cette quête d'un paradis. Aussi étrange qu'il puisse paraître, c'est cependant dans ce dernier qu'ils se sentent heureux.
Down by Law (1986)
La cellule n'est pas assez grande pour trois énergumènes de notre trempe. Nous sommes ici par erreur... ou pas. Nous sommes innocents... ou pas. Va savoir si nous avons des points en commun. Peu importe. C'est en tout cas possible car nous avons la même envie : sortir de là. Par tous les moyens possibles. Nous ne nous ressemblons pas et Roberto est bien bruyant. Mais par moments il nous entraîne dans ses folies et à vouloir partir, s'évader d'entre ces quatre murs, on se suprend à ne faire qu'un. Comme un seul corps avec trois têtes. La prison, l'endroit où l'on fait ces rencontres. Où l'intimité n'existe plus, où l'horizon n'apparaît plus mais où notre imagination déborde d'entre les barreaux. Nous commençons sérieusement à perdre pied et si la galère est périlleuse, le trio nous permet de bien vivre. D'être heureux... ou presque. Mais dans ce bonheur fantasmé, aussi superficiel que primordial, nous avons créé une nouvelle humanité dans ce lieu qui, pourtant, ressemble bien plus à un purgatoire. Une salle d'attente pour morts... L'impulsion vitale de Roberto n'a pas d'équivalent. C'est un météore, éclairant notre quotidien en noir et blanc. Combien de temps cela durera ? Je ne le sais pas... Et si nous nous évadons, serons-nous libres pour autant ? On verra bien. En attendant on creuse nos relations à force de creuser dans le mur et cette rencontre pourra alors s'épanouir dans le vrai monde, si triste et si beau à la fois... ou pas.