

Yûdai Yamaguchi, co-réalisateur de cet objet culte, a été remarqué avec Battlefield Baseball et repéré comme ancien assistant de Ryuhei Kitamura dont il a signé le scénario de Versus. A l'origine, il a puisé toutes les idées de Meatball Machine dans un court métrage de Jun'ichi Yamamoto, réalisé en 1999 (visible dans les bonus du zone 2 sous le titre What's DOI?) dont l'ambition consistait à rendre hommage au Tetsuo, de Shunya Tsukamoto, un monument cyberpunk ayant influencé autant les cinéastes nippons actuels qu'étrangers (Darren Aronofsky en a repris quelques techniques formelles innovantes pour refléter la confusion du personnage principal dans Pi). Dans les grandes lignes, ce petit film préfigurait la contamination du monde par une vague extraterrestre dont le but ne consiste pas à dominer les êtres humains mais à se servir du corps des individus les plus dépressifs au monde pour les transformer en nécroborgs destructeurs et organiser un immense terrain de jeu sur Terre. Les extra-terrestres s'amusent entre eux pendant que les humains les plus marginaux morflent: c'est une alternative de la domination sociale, sans arrière-pensées malgré des connotations lubriques, en même temps qu'une métaphore du combat entre l'homme et la machine.
Le personnage principal, c'est Yoji, un jeune homme d'une timidité maladive qui consume son existence morose dans une usine de pièces détachées. Jusqu'au jour où il tombe sous le charme de Sachiko qui, au moment de présenter des blessures intimes, se fait infecter par un organisme qui la transforme en machine gun. Pour utiliser cet argument et le développer sous la forme d'un remake exportable tourné en vidéo, il a fait appel au réalisateur de l'original et délaisse bizarrement tout ce qui faisait la fantaisie de ses précédents essais, certes peu convaincants mais au moins décomplexés. Les qualités résident ailleurs que dans le registre émotionnel. Meatball Machine compense le manque de moyens par les ambitions ludiques. S'inspirant ouvertement de Tetsuo, il doit se voir comme une variation autour de l'homme-machine sans posséder la virtuosité formelle d'un Tsukamoto ni même la volonté d'éclater la dramaturgie de manière provocante et expérimentale.

Les défauts de cette petite production naissent de la comparaison avec cette référence intimidante : faute d'avoir suffisamment d'énergie dans la mise en scène (presque fonctionnelle dans le cas de Meatball Machine), la dimension apocalyptique qui cristallise toutes les détresses humaines n'est pas assez rendue dans l'atmosphère et Yûdai Yamaguchi n'explore pas les perversions sexuelles découlant d'une troublante scène de viol, filmée de manière stroboscopique - un crescendo sommaire annoncé par les fondus au noir répétitifs. Et surtout l'érotisme cru (et cruel) des mutations d'excroissances métalliques. Il dissout ces changements atypiques dans une intrigue sentimentale entre deux laissés-pour-compte Dardenniens.
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