
CINE : LA CITE DES HOMMES
Tout sur LA CITE DES HOMMES - La Critique - Photos - Le 2008-05-13 07:35:51
Kevin Dutot 7
LA CITÉ DES HOMMES
Un film de Paulo Morelli
Avec Douglas Silva, Darlan Cunha, Jonathan Haagensen, Rodrigo dos Santos
Durée : 1h50
Date de sortie : 23 Juillet 2008

Petite Orange et Acérola sont deux adolescents des favelas de Rio de Janeiro. Alors que le premier est un jeune homme impulsif et intrépide, le second est plus réfléchi, plus sérieux. Mais ils partagent la même vie, celle des favelas, entre pauvreté au quotidien et trafic de drogue. Et la même envie, celle de s'en sortir, malgré les obstacles qui se dressent sur leur chemin...
La cité des hommes frappe fort. Dès les premières minutes, le contraste est puissant. Chaleur, moiteur, transpiration, les corps crament au soleil et ne rêvent que de se jeter dans un océan azuré. La caméra est nerveuse, suintante ou langoureuse et délicate, à l'affût des regards, d'un danger imminent qui guette du haut des falaises. Alors qu'à Rio de Janeiro, les favelas sont encore le terrain de jeux dangereux, d'une guerre des gangs inévitable, la première partie du film laisse de côté cette ambiance pesante et pénible pour se concentrer sur Petite Orange et Acérola, décidés à retrouver le père du premier à travers les rues de la cité. La quête initiatique ne s'arrête jamais, elle a commencé il y a plusieurs années pour ces deux jeunes recrues que les spectateurs redécouvrent à travers flashbacks et souvenirs... Leur vie est connue de tous, leur amitié n'est plus à démontrer et l'amour qu'ils portent l'un pour l'autre, immuable. De ce postulat, nous partons à leurs côtés dans cette recherche de figure paternelle, symbolique aux yeux d'Acérola qui ne connaît pas la définition du mot éducation et encore moins le moyen de l'appliquer à son fils.

Les rues de Rio n'ont plus de secrets, on s'y promène avec la même aisance que la caméra... Cette dernière, au service d'une mise en scène beaucoup moins tape-à-l'oeil que dans La cité de Dieu, se concentre bien plus sur les personnages dépeints et le portrait de famille d'une cité où les gangs régissent la vie de tous. Acérola et Petite Orange deviennent nos guides et impossible de ne pas se projeter dans leur univers car au-delà de la performance d'acteur époustouflante, nous vivons littéralement l'action, au gré des embarquées en moto, des courses dans les rues jaunies par le soleil et des rencontres. Ce microcosme respire, ruisselle et nous permet d'entrevoir, le temps de deux petites heures, un quotidien désespéré où la violence est maîtresse. Et dans cet environnement, aussi dur et furieux que brutal, les émotions sont amplifiées, explosives et l'amitié, comme l'amour prennent une nouvelle dimension. Tant tragique et forte que fragile.

Malgré une légère baisse de tension au milieu du métrage, La cité des hommes repart de plus belle dans un élan de violence inattendu et percutant offrant un nouveau souffle au récit. Les évènements s'accélèrent et les intrigues amoureuses et familiales installées dans la première partie prennent une tournure de western où valeurs, trahisons et morale s'imbriquent pour faire naître une guérilla de haute volée où les intérêts de chacun vont exploser ou se confondre. Terriblement efficace dans ses instants les plus tendus, le film fait l'effet d'une bombe à retardement où les différents retournements de situations font office de déclencheur. L'éruption est bouillante, sans concessions et témoigne avec ferveur que l'amitié la plus forte peut dépasser les situations les plus terrifiantes, les conflits les plus ancrés et la peine la plus lourde. Un très beau film évocateur et puissant sur les liens amicaux, une claque visuelle et un coup de chaud qui fera même fondre les moins sensibles.
Kevin Dutot
Retrouvez la galerie photos pages suivantes...












































