
Au rang des trilogies les plus attendues du cinéma asiatique, celle des Syndicat du crime s'inscrit aux côtés d'Histoires de fantômes chinois et autres Infernal Affairs. Communes au genre et au cinéma local, il n'est en effet pas rare de voir de nombreuses déclinaisons d‘une même trame, les héros devenant alors récurrents et les personnages évoluant au fil des réalisateurs qui en ont la charge. Les séries des Zatoichi ou autres Sabreur manchot sont en cela éloquentes. Toutefois, si l'on considère la saga des Babycart, la trilogie de la 36ème chambre de Shaolin, celle de Wong Fei Hung et son pendant constitué par les six versions d'Il était une fois en Chine, on est en droit de s'interroger sur la pertinence du mot trilogie au sujet du triptyque A Better Tomorrow.

En effet, si les deux premiers films de la série sont réalisés par l'auteur de l'attendu Battle of Red Cliff et marquèrent leur temps, on ne peut pas décemment en dire autant de l'épisode signé Tsui Hark. Au regard de l'évolution qu'il impulse à ce troisième volet, on constate manifestement plus que des différences...
A Better Tomorrow, un tournant
Premier volet de la trilogie, A Better tomorrow expose à la manière des films de chevalerie chers à aux cinéastes chinois de la cinquième génération, l'amitié de deux hommes face aux turpitudes de l'existence. Ainsi, entre devoir et loyauté, Sung Tse Ho et Mark Gor, deux incontournables d'une triade Hongkongaise vont évoluer ensemble au fil des années et faire front, armes au poing. Trahison et règlements de compte sur fond de trafic de faux billets vont donc composer l'arrière plan de l'histoire - cette dernière étant doublée d'un enjeu familial et éthique personnalisé par Kit, le frère de Ho, qui aura à choisir entre son frère et la police. Le Syndicat du crime nous convie donc à une plongée au sein des triades hongkongaises qui questionnera les motivations de chacun et le poids des unions qui s'y sont tissées. Face à Shing mais aussi face à la police, nos compères auront donc nombre de dilemmes à dépasser et n'auront de cesse de se confronter à la violence sans renoncer à être les premiers à l'engendrer.

Dans la lignée des buddy movie et des films chevaleresques de la Shaw Brothers, Le Syndicat du crime se présente de fait à nous comme une refonte du film d'arts martiaux nourrie à la modernité de gunfights spectaculaires. John Woo au passage nous montre d'ailleurs sa cinéphilie et tout ce qu'il a retenu de Last Hurrah for Chevalry et de son passage en tant qu'assistant. Mais ce qui va importer plus encore dans l'histoire, ce sont les choix que le cinéaste va opérer en se remémorant les modèles melvillien et américains du genre. Ainsi, entre film noir et métrage d'action, A Better Tomorrow va se faire tragique tout en se prévalant d'un élan jusqu'alors ignoré et hérité du cinéma chinois d'arts martiaux : le rapport à la chorégraphie et à une exploitation esthétique de cette dernière.
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