Renny Harlin... Rien que le nom fait flipper ! Il faut dire qu'il est associé à une pléiade de films tous plus bourrins les uns que les autres et aux réputations plus ou moins avantageuses, le réalisateur nordique expatrié aux Etats-Unis ayant le mérite d'avoir dans sa carrière quasiment autant de réussites que de réels échecs. Considéré comme un metteur en scène de films virils et couillus, Harlin surprend de plus en plus par ses choix de carrière dont la cohérence n'est pas toujours évidente, le seul mot d'ordre semblant transparaître de quasiment tous ses films étant « tout casser ! ». Et pourtant, le Nordique semble s'assagir ces derniers temps et
Cleaner est clairement l'exception qui confirme la règle, tant l'absence d'action est déconcertante. Et puisque le réalisateur a annoncé vouloir changer de cap, revenons rapidement sur l'ensemble de son parcours qui s'est déroulé avec la même philosophie que dans ses films : ça passe ou ça casse...

Renny Lauri Mauritz Harjola est un gars du Nord. Un vrai. Pas de ceux dont on vante les mérite ces derniers temps. Né il y a cinq décennies à Riihimäki, une ville féodale du sud de la Finlande qui connaît des hivers rudes et secs et des étés guère plus chaleureux, Renny grandit en regardant des classiques du western. Ses réalisateurs préférés sont les grands
Howard Hawks et
John Ford, mais le gamin possède aussi une petite faiblesse pour Peckinpah dont il assimile la violence à la fois comme un message mais aussi, et surtout, comme un moyen de divertissement incroyable. Décidé à vouloir lui aussi réaliser ses propres films, il déménage pour Helsinki où il assiste aux cours de cinéma que propose l'université. Un diplôme en poche et quelques documentaires historiques sur la région ainsi que quelques courts métrages dont le plus connu est
Huostaanotto, il en vient bientôt à une évidence : la Finlande ne pourra jamais lui offrir ce à quoi il aspire et c'est pour cette raison qu'il décide de voler vers Hollywood, lieu mythique qui l'a fait rêver lorsqu'il était plus jeune. Tout juste débarqué, la désillusion est de taille : personne ne l'attend et surtout, les réalisateurs sont légions à se disputer les quelques projets intéressants. Mais il en faut plus pour décourager le viking qui se lance dans la recherche d'un scénario qui pourra à la fois lui permettre de se faire un nom aussi petit soit-il mais aussi de tenter quelques expérimentations de mise en scène. Il accepte alors une petite série B nommée
Frontière interdite (
Born American) qui conte les aventures de jeunes américains prisonniers en URSS pendant la guerre froide suite à une traversée de frontière non autorisée. Nous sommes en 1986, la réalisation reste sobre et personne ne s'attend à ce que celui que l'on appelle maintenant Harlin devienne par la suite l'un des plus grands réalisateurs de blockbuster des années 90.

Et pourtant les conditions de tournage de
Born American sont rudes, les relations avec les producteurs sont tendues tant le fait d'avoir confié un budget avoisinant les 3 millions de dollars à un novice apparaît de plus en plus comme irresponsable. Mais Harlin avec son tempérament de Nordique ne lâche rien, reste inflexible et obtient ce qu'il désire. Le film rentre dans ses frais mais malheureusement laisse le jeune homme sur la paille. A court financièrement, une opportunité de taille se présente tout de même quelques mois plus tard. Un certain Irwin Yablans, producteur de la série des
Halloween, vient de s'associer avec le mythique Charles Band pour financer une petite série B d'horreur et ils sont à la recherche d'un réalisateur pour la tenir correctement et sans débordement.
Prison sera donc le premier vrai pas en avant de Harlin qui se verra confier un peu plus d'un million pour le réaliser et qui dirigera le tout jeune
Viggo Mortensen et le futur interprète de Jason, Kane Hodder. Le film, traitant d'une prison hantée dans laquelle un directeur sadique fait rage, et faisant son petit bonhomme de chemin, la côte du réalisateur monte en flèche à tel point que quelques mois plus tard, il est convoqué chez New Line pour se présenter en tant que candidat pour être le prochain metteur en scène des aventures du croquemitaine Freddy Krueger. Comme chacun sait, Harlin fera bonne impression auprès des Weinstein et de Rachel Talalay qui ont, en plus, encore en tête les scènes gores et violentes de
Prison et surtout la certitude que le brave garçon fera son possible pour obtenir le film le plus efficace qu'il soit. Ce qui sera le cas puisque Harlin se sert de son budget de cinq millions de dollars pour créer un divertissement horrifique de haute voltige qui va ouvertement dans tous les sens et dans lequel il a autorisation de tenter tout et n'importe quoi, l'univers du monstre de Elm Street étant ouvert à toutes déviances. Le film sera un carton avec plus de cinquante millions de dollars au box-office et confirmera le fait qu'il faudra bien compter avec celui que l'on surnomme maintenant le Viking.