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CINE : L'AVEUGLEMENT

CINE : L'AVEUGLEMENT

Tout sur BLINDNESS - La Critique - Photos - Le 2008-05-14 17:49:25


Cannes 2008, c'est parti, Le festival s'ouvre ce soir avec le nouveau film de Fernando Meirelles, Blindness, bouleversant. Une première surprise profonde et poignante. Le cinéaste réussit au travers d'une mise en scène aux contours tranchants à tenir, sans jamais déraper, un récit qui aurait très vite pu être emporté par de poussifs clichés. Avec une violence portée par une forme de lyrisme, il dresse un terrible portrait de la nature humaine, une nature que chacun feint d'ignorer, les aveugles n'étant pas forcément toujours ceux qu'on croit, une nature que le cinéaste transcende en l'ouvrant sur un espoir lumineux. Un film bouleversant et spectaculaire qui dépasse donc nos attentes, la compétition s'annonce rude si tous les films s'inscrivent dans cette lignée.

Après La cité de Dieu, explosion visuelle de violence dans les favelas de Sao Paolo et The Constant Gardener, pamphlet politique et engagé sur les agissements des industries pharmaceutiques en Afrique, le cinéaste brésilien continue son portrait des tréfonds de l'âme humaine à travers une fable éminemment symbolique où la cécité devient la source d'un chaos inévitable... Un huis-clos d'une très belle envergure, porté par une mise en scène exemplaire alternant des clairs-obscurs d'une rare intensité et les visions éblouissantes des victimes d'une infection inconnue.

BLINDNESS
Un film de Fernando Meirelles
Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Alice Barga, Danny Glover...
Durée : 1h58
Date de sortie : Août 2008

l\'aveuglement

Le pays est frappé par une épidémie de cécité qui se propage à une vitesse fulgurante. Les premiers contaminés sont mis en quarantaine dans un hôpital désaffecté où ils sont rapidement livrés à eux-mêmes, privés de tout repère. Ils devront faire face au besoin primitif de chacun : la volonté de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été touchée par la "blancheur lumineuse". Elle va les guider pour échapper aux instincts les plus vils et leur faire reprendre espoir en la condition humaine.

Fernando Meirelles a toujours su pointer du doigt les vices de l'être humain, capter dans les moindres recoins les failles de nos existences et nous les projeter en pleine face. Cependant, malgré la brutalité et le bouillonnement constant de ses oeuvres, sublimées par une lumière furieuse et chaude, le cinéaste n'a jamais dérogé à une règle d'or : réussir à faire naître la grâce et la beauté dans les situations les plus désespérées. Blindness, oeuvre d'anticipation chaotique prenant pour point de départ une épidémie de cécité aussi inexplicable que surréaliste, s'inscrit littéralement dans un début de carrière porté sur l'humain, ses aspirations et son destin. L'aveuglement, figuré par une clarté éblouissante, s'éloigne de toute notion habituelle et s'apparente à une infirmité passagère provoquée par une lumière éclatante. Il n'est donc pas interdit de voir ici une symbolique puissante, menée par un credo religieux aussi passionnant que subtil. Dans une société violente, désabusée et au coeur de laquelle l'espoir semble annihilé, ce terrible virus annonce la fin d'une ère où la vue semble n'avoir plus aucune portée ni utilité. Le monde, aveuglé par ses dérives et porté par son acharnement à l'autodestruction perd alors littéralement la vue afin, finalement, d'être confronté à la réalité.

Meirelles nous plonge alors avec ses personnages au sein d'une enceinte de confinement qui va ancrer le récit dans un huis-clos terrifiant, sale et pathétique dans lequel l'espèce humaine tente de se résoudre à son triste destin. L'homme redevient un animal inabouti, se soulageant dans les coins, répondant à des besoins primaires et aux instincts les plus vils, n'espérant pas de lendemains. Mais au coeur de cet environnement, une femme parvient à se dresser et tente d'organiser un semblant de vie quotidienne civilisée... Elle est seule à pouvoir voir et lorsqu'une explosion de violence éclate, elle prend la tête de la révolte. Véritable figure de messie, pardonnant les péchés de ses prochains et prête aux plus grands sacrifices par amour pour son mari, le rôle brillamment interprété par Julianne Moore possède une résonnance christique subtile, évitant les lourdeurs et les maladresses. Le message est clair : nous sommes tous aveugles et nous préférons ne pas voir la misère qui se joue devant nos yeux alors afin d'ouvrir les yeux, l'aveuglement devient inévitable. Et de cet aveuglement naît le chaos.

l\'aveuglement

Mereilles, usant d'une mise en scène aussi spectaculaire que subtile, varie les contrastes et n'hésite pas à sublimer d'une lumière incroyable des instantanés aux allures de chefs d'oeuvre picturaux. L'ensemble, à la fois hypnotique et fascinant, est un objet filmique d'une rare intelligence mettant en exergue avec puissance les grandes questions sur l'humanité et son avenir à travers le prisme d'une histoire originale. L'adaptation du livre était laborieuse mais dans un élan commun de réussite, Blindness constitue le premier point d'orgue de la carrière du cinéaste, qui réussit parfaitement à allier le fond à la forme tout en développant ses thèmes de prédilection. Mereilles est aujourd'hui devenu un cinéaste très important dont l'oeuvre ne cesse de fasciner et de prendre une ampleur des plus intéressantes. Les réalisateurs sud-américains représentent décidément un bel avenir pour le cinéma mondial...

Sophie Wittmer et Kevin Dutot


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atuyu miam    15 mai
 


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