
TOKYO !
Un film de Michel Gondry, Leos Carax et Joon-ho Bong.
Avec Ayako Fujitani, Ryo Kase, Ayumi Ito, Denis Lavant, Jean-François Balmer, Teruyuki Kagawa, Yu Aoi
Durée : 1h30
Date de sortie : 17 Septembre 2008
Le film se compose de trois métrages, tous unis par le thème de la ville de Tokyo, ville complexe et fantasmée jaillissant d'un futur proche.
Interior Design
Tokyo ! s'ouvre sur le film de Michel Gondry, cinéaste reconnu pour son univers si particulier, son goût pour le bricolage, et son allure de rêveur. On retrouve ici le metteur en scène assagi et bien loin de ses expérimentations formelles, cela déroute forcément car on attendait un film dans la veine de ses dernières productions. Cependant, il parvient à donner à son essai une vraie force de caractère grâce à une mise en scène précise, inventive et proche des ses personnages. Il y a ici un souffle romanesque, tant dans l'écriture que dans la mise en place de l'espace. Interior Design nous présente donc un couple de jeunes adultes à la recherche de leur idéal, seulement la jeune fille apparaît comme perdue au milieu de cette fourmilière qu'est la ville de Tokyo. Se sentant abandonnée par sa moitié elle va se refermer petit à petit sur elle-même jusqu'à finalement se retrouver en totale adéquation avec le décor. Toute la première partie du film est écrite avec beaucoup d'humour ; les dialogues et les situations regorgent d'excellentes trouvailles. La caméra est posée avec grâce, le cinéaste se permet des plans très justes, notamment lors d'un plan séquence qui arrive comme une totale opposition aux champs-contrechamps vus quelques instants plutôt, et qui marque à lui tout seul le basculement du film dans un autre univers : celui de l'âme de la jeune femme. Les comédiens, incarnant des personnages en reliefs, sont tous très justes et très bien dirigés permettant de donner d'avantage de crédibilité à cette réflexion. Le film parle avec extrêmement d'esprit et d'intimité de l'oppression que peut subir l'individu face à un monde qu'il ne comprend pas et qui ne le comprend pas. Chaque portion d'être humain est finalement à la recherche de son « moi », de sa fonction et de sa place. Même un meuble peut s'avérer indispensable dans la vie de tout un chacun.

Merde
Second fragment du long métrage, Merde réalisé par Leos Carax se mélange entre burlesque, tristesse et horreur. Ambigu mais intriguant sur le fond, le film se perd dans son aspect formel et son manque cruel de rythme, pour finalement s'apparenter à un calvaire pour le spectateur ; tout en accordant quelques moments de grâce. Le film conte l'histoire d'une créature, Denis Lavant toujours aussi étonnant, vivant dans les égouts de Tokyo et sortant de temps à autre pour terroriser les habitants de la ville. Le personnage (nommé Merde) parvient à devenir fascinant, déclenchant passion extrême et haine démesurée à son égard. On aurait donc pu s'attendre à une réflexion sur la vraie nature de la "bête" qui n'est finalement peut-être pas celle que l'on croit. La dimension poétique du film est passionnante. Ce misanthrope n'a qu'une idée en tête, c'est de pouvoir clamer haut et fort sa haine envers l'humanité, seulement voilà : son chemin s'arrête là. Ses motivations et ses tortures mentales ne sont pas claires et le propos en devient confus. Des séquences longues et insupportables ponctuées par des dialogues sans fins dans une langue inconnue noient le spectateur dans une appréhension la plus totale, ce qui annihile toute la beauté des scènes précédentes. Le film est également ponctué par des clins d'oeil politiques (un portrait grandissant de N. Sarkozy, ou une attaque envers les Etats-Unis) qui creusent un fossé trop important vis-à-vis du récit et apparaissent hors contexte. L'aspect formel du film est travaillé dans une esthétique proche du documentaire, tant au niveau des lumières que du filmage. Image granuleuse et sous exposition apportent une certaine force à ce fragment, mais ne parviennent pas à capter l'intérêt. L'ennui émane donc ici plus que la fascination.

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