

C'est le souvenir d'une jeunesse pleine de principes, de rêves de grandeur, de tourments, du temps où nous découvrions le cinéma, une Saison en enfer, les Fleurs du mal, du temps où on se prenait pour des héros tourmentés, arpentant l'existence d'une démarche furieuse comme les héros de Carax (de Denis Lavant à Guillaume Depardieu). C'est une esthétique romantique un peu malade, dont ces personnages sont les symboles. Ils vont à moto à toute vitesse. Ils vivent jusqu'au bout leur déchéance, sans nuances ni demi-mesures, suivant la trajectoire têtue d'êtres idéalistes, entiers, irrécupérables (comme Pierre dans Pola X, du château inondé de lumière à la désolation confuse d'un squat).
Revoir l'oeuvre de Leos Carax, c'est se souvenir de celui qu'on était à vingt ans, brut, farouche, prenant de beaux clichés au sérieux et au premier degré. C'est se souvenir d'une époque, la fin des années 80 et les années 90, rongée par la chômage, le sida, le désenchantement et la fin des idéaux. L'art était marqué par un désespoir romantique et nihiliste que l'on trouvait alors également chez Cyril Collard. Carax, ce réalisateur rare revient à Cannes en signant un sketch de Tokyo ! simplement intitulé « merde » (sortie le 17 septembre 2008) et nous remémore ce qu'il a pu représenter.
Leos Carax est d'abord un cinéaste de l'image, du montage. Souvent associé à une tradition désignée péjorativement comme « esthétisante » à la fin des années 80 (avec Beineix et Besson), il apportait avec lui des références pas forcément considérées comme légitimes par la critique de l'époque (La B.D, le clip). Pourtant, il est un metteur en scène à l'inspiration romantique et très littéraire, presque classique, avec un montage audacieux qui fait parfois songer à Godard (on a pu le désigner comme héritier de la Nouvelle vague).

Il est assez dur de l'approcher sans être frappé par l'évidence de ses inspirations protéiformes qu'il met souvent en exergue comme des parenthèses référentielles au sein de ses récits (le cinéma muet ou fellinien dans Boy meets girl, l'introduction rimbaldienne de Pola X, le clair obscur de la visite nocturne du Louvre dans Les Amants du Pont-Neuf, la belle course désarticulée de Denis Lavant sur le « Modern Love » de David Bowie dans Mauvais sang). Son travail très poussé sur l'image, sa grande maitrise technique apparaît dès Boy meets girl, son premier long-métrage en 1984. Dans un Noir et Blanc audacieux, il raconte un amour tourmenté, arpentant déjà les rues de Paris comme les méandres de l'âme de ses héros, toujours proches de lui comme des projections.
Ses héros se nomment, à de rares exceptions près, Alex comme lui (son vrai nom est Alex Dupont), et Denis Lavant deviendra son interprète et son double pendant un long moment. Les sentiments sont douloureux, exacerbés, d'une intensité qui les font ressembler à de la souffrance, menant presque toujours à l'anéantissement. Être ensemble devient une question de vie ou de mort. Dans ses différents contextes, Alex est toujours dans la course, dans le mouvement effréné.
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AVIS A CHAUD : TOKYO !Second film présenté dans la sélection d’Un Certain Regard, Tokyo ! se pr... | ||








AVIS A CHAUD : TOKYO !































