
LES TROIS SINGES
Un film de Nuri Bilge Ceylan
Avec Yavuz Bingöl, Hatice Aslan, Ahmet Rifat Sungar, Ercan Kesal
Durée : 1h49
Date de sortie : Prochainement

Une famille disloquée à force de petits secrets devenus de gros mensonges, tente désespérément de rester unie en refusant d'affronter la vérité. Pour ne pas avoir à endurer des épreuves et des responsabilités trop lourdes, elle choisit de nier cette Vérité, en refusant de la voir, de l¹entendre ou d'en parler, comme dans la fable des « trois singes ». Mais jouer aux trois singes suffit-il à effacer toute vérité ?
Nuri Bilge Ceylan raconte ici l'histoire d'un père de famille qui va se faire accuser d'un accident de voiture, et donc d'un meurtre, pour éviter à son patron un scandale politique. Ce qu'il y a de différent ici, c'est que l'intrigue n'en est pas une. On sait très rapidement quels sont les non-dits, sur quoi repose le mensonge, et qui sont les personnages concernés. Mais finalement cela n'a aucune importance, la progression dramaturgique se fait dans la psychologie de ces humains sublimés par le metteur se scène. C'est cet espèce de quatuor composé d'un père, d'un fils, d'une mère et d'un outsider qui va évoluer tout au long du film. Chacun dans son enclos mental, tentant de trouver comment s'en sortir blanchi, soit en essayant de protéger les autres, soit en ne pensant qu'à sa tranquillité personnelle. Mais le dialogue n'existe pas, les Hommes ne se parlent pas. Par peur de faire du mal, ou peur d'avoir mal. Tous agissent selon leurs propres convictions. Mais dans cette famille déconstruite, on cherche simplement un peu de bonheur et de paix. Les comédiens, tous d'une justesse impressionnante transpercent le récit et l'alimente d'une aura quasi surnaturelle. Peut être un prix d'interprétation à décrocher. Le réalisateur a ici tenté d'apporter sa vision du mensonge, de la vérité et des rapports humains à travers un film somptueux, à la fois sombre et lumineux, pessimiste et optimiste, à la mise en scène sobre et précise.
Ce qui frappe en premier lieu est bien entendu la qualité esthétique du film. Comme pour son dernier film, Les Climats, Nuri Bilge Ceylan s'est muni d'une camera Haute Définition et d'un matériel sonore à la pointe de la technologie. L'utilisation de la HD a permis un travail de l'image extrêmement minutieux rendant chaque petit détail plus important les uns des autres. Tous les moindres traits expressifs des comédiens sont perceptibles et accordent aux personnages une dimension totalement bouleversante. La camera est installée avec précaution, le film prend son temps pour laisser au spectateur le temps de s'immiscer dans les recoins les plus enfouis de l'esprit des protagonistes pour parvenir à les comprendre. Il y a ici un parti pris de lancer l'intrigue sur un rythme lent, permettant aux être d'évoluer dans leur microcosme. Chaque plan et travaillé au millimètre, tant sur les cadres que sur la lumière, pour servir le fond du film avec intelligence. Le travail de la photographie est absolument fabuleux, à placer au côté de la Ronde De Nuit de Peter Greenaway. Les zones d'ombres sont palpables, les visages sont lumineux, les regards foudroyants.
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