
NES EN 68
Un film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau
Avec Laëtitia Casta, Yannick Régnier, Yann Trégouët, Christine Citti et Marc Citti
Durée : 2h53
Date de sortie : 21 mai 2008

Contestation, revendication, rébellion, marginalisation, l'héritage de cette époque reste inscrit encore de nos jours dans la vie quotidienne, une vie où les préoccupations du chômage, des déboires de la sécurité sociale, de l'effondrement des repères de l'éducation, en bref une appréhension palpable de l'avenir gagne une grande partie de la population. Loin des Trente Glorieuse qui ont débuté sous De Gaulle et se sont poursuivies quelques années sous Pompidou, la société connaît ses premiers dérèglements dès la fin des années soixante. Les idées utopiques des hippies sont parvenues jusqu'en France et la volonté de fonder des communautés autonomes et autosuffisantes s'est développée parmi cette jeune génération désabusée. Loin du destin des figures militantes, les cinéastes privilégient une approche moins personnifiée loin des icônes incontournables des évènements. Laëtitia Casta, Yannick Régnier et Yann Trégouët incarnent ces jeunes partageant un rêve commun, un rêve qui sombre inéluctablement sous le poids de l'Histoire. Fin des utopies ? Victoire du cynisme ? Echec des alternatives ? Impérialisme du pouvoir d'Etat ?

Le film tente de résumer en trois heures, quarante ans d'histoire française, depuis les révoltes étudiantes du fameux moi de mai, jusqu'aux élections présidentielles de 1995 où la droite arrive finalement au pouvoir en passant par la légalisation de l'avortement, la chute du mur de Berlin, l'émergence du virus du Sida, etc. A travers le destin des trois jeunes gens, le film essaye d'appréhender les motivations et les convictions que ceux-ci partagent mais surtout l'impossibilité d'échapper à un modèle social dominant, celui du travail. L'on sait combien la remise en cause des repères a apporter la confusion et le doute dans toutes les couches de la société. Pourtant à aucun moment le film n'arrive à transporter le spectateur au coeur de cette époque où la tension était palpable. Les prairies et les champs de la petite ferme du Lot construisent comme une bulle étanche, une bulle où tente de se maintenir cette communauté fragile. Le principe de réalité a tôt fait de déséquilibrer les rêves. Plus convaincante est l'époque de l'émergence du virus HIV, peut-être parce que les réalisateurs ont vécu ladite époque alors qu'ils n'ont pas connu les révoltes estudiantines. Ce film témoigne juste de la difficulté de parler du moi de mai, de regarder en face ces troubles et d'en mesurer les véritables conséquences. Phénomènes trop complexes pour pouvoir être fictionnalisés, le film échoue à exposer la petite histoire, celle vécue par toute une génération de jeunes gens qui désiraient un autre monde à offrir à leurs enfants.
David A.
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