
Par son histoire d'immigrants clandestins ancrée dans le contexte mexicain/américain, le réalisateur de Sangre interroge à sa façon notre rapport à l'image et au monde qui nous entoure. Troublant.
LOS BASTARDOS
Un film de Amat Escalante
Avec Jesùs Moisés Rodriguez, Rubén Sosa, Nina Zavarin, Kenny Johnston
Durée : 1h30
Date de sortie : Prochainement
A Los Angeles, comme chaque matin, Fausto et Jesùs, deux travailleurs mexicains clandestins, attendent au coin d'un terminal de bus dans l'espoir d'être embauchés. Les tâches sont ingrates et très mal payées, mais la nécessité de gagner un peu d'argent leur met une pression intense.
Aujourd'hui, ils ont trouvé un travail beaucoup mieux payé.
Aujourd'hui, leur outil de travail est un fusil à canon scié.

Nouveau choc sur la croisette de Cannes, la dernière oeuvre de Amat Escalante ne devrait pas passer inaperçue lors de sa future sortie en salles.
Narrant le passage du travail clandestin sous-payé jusqu'à la violence la plus abjecte, le récit de ces deux mexicains suscite des émotions très fortes au spectateur et fait partie de ces films qui remueront durablement les spectateurs qui en tenteront l'expérience.
Quand le travail se montre inexistant et l'argent aux abonnés absents, l'homme devient une proie facile pour les plus sombres desseins.
Jesùs et Fausto se laissent ainsi facilement entraîner dans un contrat d'assassinat d'une femme vivant à Los Angeles.
Le nouveau récit de Amat Escalante comporte toujours autant de fureur, après Sangre qui avait secoué les spectateurs, Los Bastardos confirme une rage intacte de témoigner des situations désastreuses du monde. L'accentuation du clivage entre les richesses et la pauvreté conduit les plus faibles à accepter des missions toujours plus extrêmes et violentes.
Ce constat de crise se développe ici par l'intermédiaire de longs plans privilégiant l'atmosphère sonore, les corps dans l'espace, plutôt qu'un verbiage excessif. Il en résulte une sensation très intrigante ; chaque plan étant habité d'une tension morbide glaçante qui bouscule admirablement notre vision des choses.
Dans cette histoire, il n'y a que des victimes, la femme, dont la tête fait l'objet du contrat, est victime d'un obscur mouvement d'humeur de son mari, et les deux mexicains, par leur pauvreté excessive, ne sont que les instruments d'un commanditaire zélé.
Loin de ne jeter qu'un jugement moral sur les faits, Amat Escalante préfère donner à voir tout le cheminement d'une oeuvre dans laquelle Eros et Thanatos semblent sans cesse s'inviter à se renvoyer la balle. Entre les pulsions de vie et de mort du film, il y a cette sensation ressentie d'assister à la lente oraison funèbre sans espoir d'un monde qui ne tourne plus rond depuis quelques temps.
Quand vient l'explosion violente, sèche, dure, aux limites du tolérable, nous sommes renvoyés directement vers toutes les raisons qui ont conduit à la mise à mort.

A l'heure où la télévision et les autoroutes de l'information ont tendance à saturer nos perceptions et donc diminuer l'impact d'un certain malaise observable mondialement, que pouvons-nous faire ?
Le clivage entre pauvreté et richesse ne fera qu'accentuer le nombre de Jesùs et de Fausto sur la planète, et cette perspective ne fait que glacer encore plus notre sang déjà bien remué par ce tristement juste Los Bastardos.
Vincent Martini
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