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CINE : LA FRONTIERE DE L'AUBE

CINE : LA FRONTIERE DE L'AUBE

Tout sur LA FRONTIERE DE L'AUBE - La Critique - Photos - Le 2008-05-24 13:39:18


Le titre est plus beau que le film. Malgré le grand respect qu'inspire la filmographie de Garrel, ce salmigondis frôle le pastiche volontariste et s'embourbe dans des considérations obsolètes. Le début de la fin.

Romain Le Vern 2
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Attention les yeux, La frontière de l'aube vient d'illuminer de son amertume et de son désespoir une croisette déjà peu encline à la franche rigolade. Le coup de grâce vient donc d'être asséné par le bien-aimé cinéaste post-nouvelle vague Philippe Garrel qui nous offre ici une oeuvre neurasthénique particulièrement assommante. Hué lors de sa projection, le film atteint les profondeurs abyssales du néant cinématographique où la caricature d'un cinéma « d'auteur » plombant côtoie dangereusement un scénario digne d'un mauvais court-métrage étudiant. Alors que la majorité du public cannois applaudissait lors des fondus au noir dans l'espoir de mettre un terme au calvaire, quelques irréductibles cinéphiles ont tout de même salué l'oeuvre du cinéaste. De notre côté, on se réveille doucement de ce mauvais rêve à mi-chemin entre une parodie de Murnau et les pensées philosophiques d'un lycéen en manque. Rires acceptés...

LA FRONTIERE DE L'AUBE
Un film de Philippe Garrel
Avec Louis Garrel, Laura Smet, Clementine Poidatz
Durée : 1h45
Date de sortie : 08 Octobre 2008

Carole est une star de cinéma. Non, elle est « actrice » (c'est elle qui le dit). François, photographe old school, vient faire un reportage sur la demoiselle délaissée par son mari parti travailler à Hollywood. Ils entament une relation amoureuse mais les choses se compliquent et la jeune comédienne décide de mettre fin à ses jours. Alors que François reconstruit peu à peu son existence aux bras d'une autre femme, le fantôme de Carole va venir le hanter en passant par son miroir placé dans l'entrée...

La frontière de l\'aube

Il fallait avoir passé une bonne nuit pour se confronter ce matin au nouveau long-métrage de Philippe Garrel. On aurait presque préféré s'endormir mais nous serions alors passés à côté d'une projection d'anthologie où l'énervement fit rapidement place aux rires... les festivaliers avaient besoin de se détendre. On remercie donc le cinéaste. Commençons par les qualités du film. Soyons bref : le métrage bénéficie d'une excellente photographie, bien qu'un peu poussive à certains instants, qui nous offre un très beau noir et blanc dont Garrel maîtrise désormais tous les aspects. Le contraire serait cependant inquiétant. Voilà, voilà... Sinon, c'est la catastrophe. Avec toute la bonne volonté du monde, difficile de trouver des excuses à ce salmigondis labellisé « cinéma d'auteur français » qui fleure bon l'arrogance et la prétention la plus exacerbée. Ce cinéma, qui ne devrait plus voir le jour en 2008, parvient donc encore à se monter, pire encore, il est présenté en sélection officielle au festival de Cannes...

Pas besoin de vous faire un dessin, la presse étrangère s'est franchement gaussée face à cet ovni dont la digestion s'est faite sous les huées du public cannois. De qui se moque-t-on, pouvons-nous penser ?! Du monde entier. Philippe Garrel écrit et compose ici une sorte de film hommage à la nouvelle vague où les dialogues les plus improbables (Louis Garrel : « Le jour où le dernier survivant des camps de concentration mourra, la troisième guerre mondiale commencera » à Laura Smet de répondre « tu es mon amour »... formidable) plombent littéralement un scénario déjà pompeux et ennuyeux. Si l'on s'énerve au départ, on préfère en rire par la suite. Ca tombe bien, le cinéaste nous offre dans sa deuxième partie une partition fantastique hilarante alliant effets spéciaux « spectaculaires » (Méliès faisait déjà bien mieux il y a plus de 100 ans) et symbolisme lourdingue où les morts reviennent hanter les vivants pour psalmodier les pires discours. Digne d'une copie de philo niveau première, le texte enfile les perles avec un sérieux inébranlable qui nous confirme que Philippe Garrel n'est pas là pour rigoler. Attention, réflexion.

La frontière de l\'aube

Réfléchissons donc à ce qui a bien pu pousser le réalisateur français tant aimé par une élite intouchable à nous servir cette métaphore autant métaphysique que métastatique. Si l'on élimine d'office l'éventualité d'une mauvaise blague, on imagine certainement un cinéaste de plus en plus enclin à se démarquer de tout par le rien. C'est original, rien à redire là-dessus mais à force de ne pas considérer son spectateur et de le laisser en dehors de toute tension dramatique (si tension il y a), la lassitude prend place et l'incompréhension s'installe. Pourquoi le regard vide de Laura Smet face au dandysme exaspérant de Louis Garrel ? Pourquoi cette image granuleuse, caricaturale, carrément crade par moments ? Pourquoi cette accumulation de maladresses de jeu et cette absence totale de direction d'acteurs ? Car il faut bien l'avouer, si Garrel prétend être professeur de comédie, difficile d'en ressentir la moindre influence. Tout ce petit monde est en roue libre, exceptée Clémentine Poidatz qui s'en sort miraculeusement malgré la lourdeur de son rôle et les rencontres surnaturelles entre Smet et Garrel déclenchent inévitablement un fou rire nerveux que même les plus sérieux tenteront de ravaler. L'entendre dire « t'es méchante » quand elle vient lui demander avec la plus grande subtilité de la « rejoindre » vaut tout l'or du monde et on se plaît à imaginer une parodie des Inconnus. Seul souci, le film se tire d'ores et déjà dans le pied et la parodie ne viendrait qu'enfoncer des portes ouvertes. Blague à part, le cinéma français semble creuser toujours plus le fossé qui le sépare avec le reste du monde. Triste constat que de voir un cinéma désormais dépassé et franchement irritant représenter notre pays, autrefois plus novateur et atypique en la matière. Bref, Philippe Garrel vient officiellement de dépasser toutes les limites et ce n'est pas beau à voir...

Kevin Dutot

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