
CINE : THE PLEASURE OF BEING ROBBED
Tout sur THE PLEASURE OF BEING ROBBED - La Critique - Photos - Le 2008-05-24 21:28:54THE PLEASURE OF BEING ROBBED
Un film de Joshua Safdie
Avec Eleonore Hendricks, Joshua Safdie, Andy Spade
Durée : 1h20
Date de sortie : Prochainement
Le film conte les péripéties d'une Eléonore qui ère dans les rues d'une ville inconnue, inconsciemment à la recherche de rencontres. Cela émane d'une réelle curiosité avant d'être une envie de dérober, cette jeune femme ne peut pas s'empêcher de voler les choses qui se trouvent sur son passage...

Bien loin des premiers clips de Jefferson Airplane ou des Grateful Dead, The Pleasure Of Being Robbed est pourtant un vrai film trip post-soixante-huitard. Evoquant parfois le chef d'oeuvre de Vincent Gallo qu'est The Brown Bunny par son aspect granuleux, abstrait, ses lumières sous-exposées, son manque de moyens et sa profondeur ; le film de Joshua Safdie parle également d'une errance, mais de l'errance d'une jeune femme. Et là où Gallo teintait son récit d'une profonde mélancolie, Safdie se démarque de toute dimension emprunte de spleen et met en scène une fille paumée certes, mais atteinte d'une incroyable joie de vivre et possédant une liberté d'existence à laquelle chaque être sur terre aimerait parvenir un jour. Cet objet contemplatif évoque donc quelques jours dans la vie d'Eléonore et offre un regard à la fois tendre, naïf, subtil et intelligent sur les déambulations de cette dernière. Passant de longues heures à se promener dans la rue ou dans des bars, elle dérobe de petites choses aux gens qu'elle croise, des fragments d'existence, photos, livres ou objets personnels. Mais elle le fait avec humour, en donnant un coup de main ou même lors d'accolades. Bien entendu, son parcours ne se résume pas uniquement à cela. Entre rencontres inattendues et entretiens forcés, elle parvient cependant à toujours être heureuse et à saisir les onces de poésie qui s'évadent de chaque situation.
Si le metteur en scène réussit ici à rendre cette atmosphère onirique si particulière c'est grâce à cette ambiance à la fois intime, belle et surprenante qu'il crée avec brio grâce à sa caméra, sa comédienne et une utilisation quasi précaire de la lumière. Et même si le film frôle parfois l'amateurisme, certains plans paraissent d'ailleurs pris à la volée, cela ne le rend que plus poignant et renforce le mérite du réalisateur. Cela prouve encore une fois qu'avant d'être une grosse entreprise à but lucratif le cinéma est avant tout un art qui s'exerce avec une âme et une caméra (oui Monsieur Joseph Morder nous allons quand même laisser les téléphones portables de côté...).

C'est donc dans cet aspect à mi-chemin entre documentaire, fiction étudiante et cinéma expérimental que réside toute l'inventivité de la mise en scène. L'humanité et la confiance avec lesquels la caméra suit le personnage renforcent notre fascination pour cette jeune femme qui tourne autour du monde et autour de laquelle le monde tourne. Et bien que cette chronique au rythme déroutant présente un scénario assez éthéré et minimaliste, la vision et les idées du metteur en scène transparaissent grâce à de sublimes séquences pleines de vie, d'humour et de poésie. Il y a en effet ici un vrai discours sur la notion de liberté et sur le concept du « carpe diem » qui navigue entre délicate naïveté et profonde honnêteté. Sans pour autant tomber dans un sermon niais et pathétique, le cinéaste cherche simplement à montrer à travers son scénario et sa mise en scène que la solitude peut être synonyme de liberté, et que cette liberté est une des clés du bonheur. On peut percevoir également une vraie tendresse envers les êtres humains ainsi qu'un ton plein d'espoir et d'optimisme, ce qui est de plus en plus rare dans les longs métrages actuels, et en définitive cela fait un bien fou.
Il est évident qu'il s'agit d'un film qui peut diviser car c'est une oeuvre très marginale, lente, aérienne, et surtout symbolique. Mais il y a une chose que l'on ne peut pas retirer à Joshua Safdie, c'est de nous faire découvrir une jeune comédienne pleine de talent et possédant une personnalité fantastique (Eleonore Hendricks) qui parvient à rendre le personnage d'Eleonore fascinant et hypnotique. Elle incarne cette jeune femme avec beaucoup d'humilité et de naturel, on en vient même à se demander si elle est vraiment en train de jouer un rôle. Le plus impressionnant est d'ailleurs qu'elle réussi à faire passer énormément d'émotions simplement par son sourire et son regard. Une découverte à suivre de très près.

The pleasure of being robbed est un premier film poignant, faisant preuve d'une grande sensibilité. Tout droit sorti de l'esprit d'un jeune cinéaste de 24 ans, ce long métrage impressionne par sa subtilité et son originalité par rapport à la plupart des premières productions actuelles. Un ouragan d'air frais.
Grégoire Couvert
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