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CINE : LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE

CINE : LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE

Tout sur LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE - La Critique - Photos - Le 2008-05-24 22:21:55


Présenté hors compétition au Festival de Cannes, le nouveau long-métrage de Kim Jee-Woon a décidément réveillé la croisette entière dans une explosion visuelle et sonore proprement époustouflante qui, disons-le, aurait certainement eu sa place en sélection officielle. Histoire de ne pas oublier que le cinéma, c'est aussi du pur divertissement, bien foutu, couillu et aussi détonnant qu'un cocktail Molotov. Si certains crient au génie en voyant les films ultra-référencés (parfois à la limite du plagiat) de « Maître » Tarantino, que devrions-nous dire du cinéaste coréen d'A bittersweet Life qui signe ici un western oriental hallucinant dont la virtuosité n'a d'égal que son humour et sa générosité. Arrivant à point nommé sur une croisette en petite forme et en fin de parcours, Le bon, la brute et le cinglé fout la pêche et devient un quart de tour le meilleur film d'aventures de 2008. Attention, c'est que du bonheur.

LE BON LA BRUTE ET LE CINGLÉ
Un film de Kim Jee-Woon
Avec Woo-sung Jung, Byung-hun Lee, Kang-Ho Song
Durée : 2h05
Date de sortie : 22 Octobre 2008

Les années 30 en Mandchourie. Le Cinglé vole une carte aux trésors à un haut dignitaire japonais. La Brute, tueur à gages réputé, est payé pour récupérer cette carte. Le Bon veut retrouver le détenteur de la carte pour empocher la prime. Un seul parviendra à ses fins, s'il réussit à anéantir l'armée japonaise, les voyous chinois, les gangsters coréens... et ses deux adversaires.

Le bon, la brute et le cinglé

Il aura fallu attendre plus de dix jours pour que le 61ème Festival de Cannes accueille en son sein une oeuvre de cinéma dans tout ce qu'il a de fédérateur, divertissant et fougueux. Libérons les esprits vagabonds de fortune et festivaliers attristés par le mauvais temps, il est temps de se prendre une bonne claque dans la tronche avec un western décomplexé et foutrement excitant bien décidé à nous en mettre plein les mirettes. Démarrant sur les chapeaux de roue avec une attaque de train filmée en Cinémascope, où le cinéaste part chercher la profondeur de champs loin derrière la ligne d'horizon, au son d'une bande originale tonitruante et dans la pure tradition du western américain, cet hommage direct au film de Sergio Leone actionne la locomotive pour ne plus jamais l'arrêter. En quelques plans, la mise en scène fait mouche... Kim Jee-Woon nous poste devant un objet filmique instantanément culte alliant parfaitement les idées visuelles les plus riches à une verve plus contemplative. Paysages de Mandchourie sublimés, percussions haletantes jouant au rythme effréné du coup de feu facile et explosions en tous genres posent le film comme un patchwork diablement efficace, à mi-chemin entre l'hommage et la redéfinition du genre. Kim Jee-Woon, contrairement à Tarantino, construit une oeuvre à part entière dont les références ne viennent que renforcer le propos et non le faciliter. Ne singeant qu'à quelques reprises la mise en scène des maîtres du genre (Leone en tête), le cinéaste coréen parvient à apposer sa patte sur l'ensemble du métrage et maîtrise de bout en bout un récit quelque peu usé (une chasse au trésor) néanmoins transcendé par sa puissance cinématographique.

Jouant avec une photographie cramée, colorée à outrance lors des intérieurs rappelant les sublimes séquences dans la maison de 2 Soeurs, Kim Jee-Woon sait également poster sa caméra dans des espaces infinis et contempler leur splendeur sans en altérer la nature. Il varie les plaisirs, les styles et également les effets de mise en scène pour construire un cinéma du pur plaisir sensoriel durant lequel notre coeur bat la chamade. On retiendra, outre les splendides séquences d'ouverture et de clôture, une course-poursuite proprement époustouflante durant laquelle chevaux, motos, voitures et tanks se mêlent dans un ballet de balles et d'explosions de canons pendant près de vingt minutes. Au son du Don't let me be misunderstood version Santa Esmeralda (une façon ingénieuse de dire à Tarantino d'arrêter de piller le cinéma asiatique), bien plus propice et explosif que dans Kill Bill, la séquence vaut tout simplement toutes les plus belles poursuites de ces dix dernières années réunies ! Indy, McClane et consoeurs peuvent se rhabiller.

Le bon, la brute et le cinglé

Si le film souffre très légèrement d'un scénario convenu, à l'instar d'un Bittersweet life surestimé, ce quatrième film de Kim Jee-Woon constitue certainement une pièce maîtresse de son cinéma et quitte désormais les univers propres aux productions asiatiques dont on commençait à se lasser (revenants, mafia...) pour se tourner vers une oeuvre originale, barrée et divinement efficace. Le long-métrage se bouffe avec le plaisir d'un gamin dévorant une glace. Jouissif jusqu'à l'épuisement, nerveux et terriblement racé, ce trio cinématographique fonctionne à merveille et nous offre deux heures durant un spectacle de grande envergure aussi spectaculaire qu'émotionnellement puissant. Difficile de résister à tant d'amour et de bonté, à une générosité communicative qui devrait ravir les spectateurs du monde entier. C'est beau, grand et carrément pas cannois. On en redemande ! Vite, la suite...

Kevin Dutot

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