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DOSSIER : LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE

DOSSIER : LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE

Tout sur LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE - Photos - Le 2008-05-27 10:15:49


Réalisé en 1972, interdit dans différents pays et remonté à toutes les sauces, La dernière maison sur la gauche, de Wes Craven, a toujours conservé son impact foutrement dérangeant. Et dieu sait si tous les films de la filmographie (très inégale) de Craven ne peuvent pas se targuer d'une telle longévité. La colline a des yeux, qui en son temps avait impressionné, a tellement mal vieilli que son dépoussiérage moderne par Alexandre Aja s'est révélé extrêmement salvateur et supérieur à l'original. Pourquoi alors La dernière maison sur la gauche continue de tarauder la conscience? Sans doute parce que, de manière involontaire, il utilise le support adéquat pour répondre à la barbarie de son sujet (la séquestration de deux adolescentes pures comme la neige par quatre tueurs cinglés). Aujourd'hui, il passe pour l'ancêtre des August Underground's Mordum, dans lesquels des tueurs en série filment avec un camescope les sévices qu'ils commettent sur des innocents. Accessoirement, un visionnage récent de La dernière maison sur la gauche permet de confirmer qu'il s'agit de l'un des - et peut-être du - meilleur film de Wes Craven. Au fil des années et au gré de productions horrifiques plus soft, ce cinéaste a perdu toute la radicalité et la fureur d'antan. Depuis, il s'est égaré dangereusement (La musique de mon coeur, le mélodrame avec Meryl Streep ou encore Cursed, le nanar lycanthrope avec Christina Ricci dans le creux de la vague). En bon briscard qu'il reste, Wes Craven va d'ailleurs produire un remake de La dernière maison sur la gauche réalisé par Dennis Iliadis (Hardcore) avec dans les rôles des vieux Tony Goldwyn (Ghost) et Monica Potter (Saw). Doit-on se réjouir de cette nouvelle? Pas nécessairement. Mieux vaut (re)voir l'original nihiliste - prochainement disponible en zone 2 chez Wild Side dans des conditions dorées - que la copie qui risque non seulement de perdre le charme initial mais aussi la toile de fond d'une époque où la banalisation de la violence n'existait pas.


Avant de parler des griffes de la nuit et de ces tueurs fantasmatiques qui hantent les cauchemars adolescents, Wes Craven montrait au début des années 70 des monstres à visage humain dans un film flirtant avec le porn-amateurisme et pourvu d'une vraie dimension sociale (et si les personnages violents et faussement cool étaient le reflet d'une époque tourmentée?). Le titre: La dernière maison sur la gauche, objet impur qui demeure comme l'un des traumatismes adolescents les plus répandus chez les jeunes cinéphiles. Surtout pour ceux qui l'ont découvert après s'être intéressé au roublard Craven pendant la période Scream. Avant de déchanter et se rendre compte que non, tous les films de Wes Craven ne ressemblent pas à Scream. Sa carrière est infiniment plus sinusoïdale et biaisée et mieux vaut revenir à ses premiers longs métrages pour découvrir ce que ce tonton pervers avait dans sa besace. Ce que certains férus du genre ne lui pardonnent pas aujourd'hui (et sans doute à raison), c'est d'avoir suivi une progression différente et moins candide que celle de ses confrères qui n'ont cherché à montrer la monstruosité humaine qu'après avoir épuisé tout leur bestiaire fantastique. Le problème de Craven, c'est peut-être d'avoir grandi trop vite, d'avoir pressenti le cynisme des années 90 ou plus précisément d'avoir compris les rouages avant tout le monde. De s'être acclimaté à l'industrialisation du genre sans chercher du sang neuf. Mettre en scène Scream a sans doute dû beaucoup l'amuser en se disant que l'ancienne génération serait un peu choquée qu'il crache dans la soupe de manière si flagrante et que la nouvelle prendrait cet exercice au premier degré en ayant les yeux tout révulsés à cause de la séquence d'ouverture avec Drew Barrymore (aussi atroce que parodique). Autre idée: les jeunes protagonistes de Scream étaient prisonniers des films d'horreur qu'ils regardaient de manière intempestive. A force de se croire dans un film d'horreur, ils finissaient par en devenir les héros. Le paradoxe veut que le film ait été majoritairement compris au premier degré et relança massivement l'attraction du slasher développé à travers des déclinaisons opportunistes allant de Souviens-toi l'été dernier à Urban Legend. Craven s'est lui-même laissé prendre au piège de son système en faisant de Scream une trilogie. Plus le filon était exploité, moins on savait s'il s'agissait de lard ou de cochon.


Craven avait déjà expérimenté ce système de mise en abyme où l'on ne savait plus faire la distinction entre la réalité et la fiction dans un épisode de Freddy (le bien nommé Freddy sort de la nuit dans lequel Wes jouait son propre rôle de réalisateur et Heather Langenkamp celui de l'actrice encore traumatisée par les premières Griffes de la nuit). Dans les années 80, son cinéma était placé sous le signe du ludisme inoffensif et cherchait à glacer l'échine avec des effets connus comme dans Shocker, où l'itinéraire d'un tueur en série sanguinaire était raconté avec une bonne dose d'humour. A bien des égards, La dernière maison sur la gauche ne ressemble pas aux autres productions de Wes Craven, sans doute parce qu'il reste porté tout entier par cette croyance suprême et naïve qu'il va déranger, en prenant le parti de tout montrer ; et, si possible, le pire du pire. Par la suite chez Craven (en réalité, depuis La colline a des yeux 2, un salmigondis grand-guignolesque), cette manière d'avoir atteint un sommet a été comprise comme une forme de condescendance dans ses opus suivants. Un peu comme s'il nous disait: «j'ai déjà atteint l'insoutenable dans les années 70; aujourd'hui, je peux me contenter de peu». La qualité de La dernière maison sur la gauche, c'est finalement de montrer à tout ceux qui auraient un jugement hâtif sur son travail ce qu'il était capable de proposer lorsqu'il était fougueux et énervé. Surtout lorsqu'il s'agissait de tordre l'image trop peace et trop love que l'on renvoyait de son époque désabusée.

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